Des projets d’habitat intercalaire à Villiers-le-Bel

CDC Habitat a signé un partenariat avec l’association Caracol en vue de la mise en place d’un projet de de colocation solidaire à Villiers-le-Bel (95).
C’est un chiffre qui ne cesse d’interpeller : en 2021, on estimait à plus de 3 millions le nombre de logements vacants en France. Logements en attente de rénovation ou de reconversion, locaux d’entreprise ayant cessé leur activité, immobilier au cœur de batailles administratives ou juridiques : autant de situations différentes mais qui se traduisent par une tension croissante sur le marché de l’immobilier, surtout dans les métropoles où le nombre de demandeurs explose.
Dans ce contexte, l’idée de trouver une utilisation temporaire à ces sites est rapidement apparue comme une nécessité, et des discussions se sont entamées entre collectivités, bailleurs et acteurs associatifs autour de concepts innovants, portés notamment par de jeunes structures comme l’association Caracol créée en 2018. « Notre association est née d’un double constat », explique Julien Peyrache, co-fondateur de l’association. « D’un côté, il y a cet immense patrimoine non-utilisé, et de l’autre des publics de plus en plus nombreux qui n’arrivent pas à se loger en métropole – des jeunes, des personnes avec des statuts précaires comme des auto-entrepreneurs, des gens sans garants, mais aussi de nombreuses personnes réfugiées bénéficiant de la protection internationale, qui sortent des dispositifs d’hébergement et se retrouvent à la rue une fois le statut de réfugié obtenu. Nous avons donc imaginé un concept de colocation d’un nouveau genre, à la fois multiculturel, mixte et solidaire, en créant une offre de logement temporaire à partir d’espaces qui seraient autrement restés vides. Nous proposons également un accompagnement social à nos colocataires qui le souhaitent, afin que la colocation temporaire soit un tremplin vers le logement pérenne ».
Des colocations multiculturelles et solidaires
Caracol est la première association de France à avoir été agréée pour faire du « logement intercalaire » dans le cadre de l’article 29 de la loi ÉLAN. Ce concept d’habitat intercalaire vise à organiser la mise à disposition temporaire et à des fins sociales de locaux ou logements provisoirement inoccupés, pour des périodes de courte et moyenne durée. L’association s’est engagée à accueillir 50% de personnes vulnérables et défend un modèle de colocation solidaire mixte, avec une moitié des places réservées à l’accueil de réfugiés bénéficiant de la protection internationale et l’autre moitié de personnes locales – pour une redevance maximale de 200 euros. De premiers projets ont vu le jour avec succès dans différentes métropoles, notamment à Strasbourg (67) avec CDC Habitat, et c’est désormais en Île-de-France que le concept va être déployé – un accord-cadre officialisant le partenariat a d’ailleurs été signé lors du Congrès HLM à Nantes le 3 octobre 2023. Caracol se place ainsi comme un acteur de référence de l’habitat intercalaire dans le cadre d’opérations de renouvellement urbain.

« En tant que bailleurs, nous devons gérer la vacance d’une partie de notre patrimoine en attente de rénovation, pour lequel les projets ne sont pas encore prêts ou avec de nombreuses démarches à lancer avant de pouvoir démarrer les travaux », explique Isabelle Henry-Ferran, directrice missions et de projets transverses CDC Habitat Social, en direction interrégionale d’Île-de-France. « L’occupation temporaire est particulièrement intéressante car elle permet d’éviter que le patrimoine se dégrade tout en offrant une solution temporaire de logement à différents publics. Et parmi ces offres, celle de Caracol se démarque par son volet social particulièrement poussé, permettant d’accueillir des publics vulnérables, de créer du lien social et de permettre à ces résidents de trouver un travail puis d’accéder à terme à un logement pérenne ».
Deux premières expérimentations en Île-de-France
La première colocation francilienne montée en partenariat avec CDC Habitat ouvrira ses portes dans les prochains mois à Villiers-le-Bel. 11 logements seront mis à disposition de Caracol. Des chantiers participatifs seront menés en amont afin de permettre aux futurs résidents de se rencontrer et remettre en état les logements par de petits travaux de rafraichissement, et chaque site aura son projet social, adapté au profil des publics et porté par les équipes de l’association, en lien avec un écosystème partenarial de proximité que Caracol a su fédérer au fil des années.
« La force de notre concept est de toucher des personnes aux profils très différents et de permettre de les accompagner dans la durée, dans leur insertion sociale comme professionnelle », reprend Julien Peyrache. « En moyenne, nous avons près de 95% de relogement à la sortie de la colocation, ce qui prouve que nous jouons pleinement le rôle de tremplin que nous nous sommes fixés. Et nous avons récemment obtenu l’agrément pour faire de l’intermédiation locative, ce qui va nous permettre de partir sur des projets de plus longue durée et de bénéficier de subventions complémentaires pour financer l’accompagnement social et la gestion locative adaptée que nous proposons ».
« Même s’il s’agit évidemment de logements temporaires, nous sommes persuadés que des durées plus longues sont plus efficaces, et elles conviennent la plupart du temps mieux à nos besoins », conclut Isabelle Henry-Ferran. « Le fait de pouvoir nous appuyer sur un acteur agréé pour l’intermédiation locative est évidemment un plus, et nous allons pouvoir faire évoluer ces deux premiers projets au fil du temps, en confiant à Caracol de nouveaux logements au fur et à mesure des opérations de démolition à Villiers-le-Bel notamment ».
