Une expérimentation pour réduire le sentiment d’insécurité

CDC Habitat Grand Ouest mène actuellement une expérimentation sur le quartier de la Grand Mare à Rouen afin de fédérer les habitants et de créer un collectif à même de lutter contre le sentiment d’insécurité. Un projet nommé RAM « Réseau d’Assistance Mutuelle » qui fait suite à l’événement hackathon organisé à Nantes en 2022 par CDC Habitat autour du thème « Imaginons la safe résidence ».  

On a parfois tendance à opposer sentiment d’insécurité et réalité des faits. Pourtant, au-delà des actes d’incivilités dont on peut être témoin ou victime, l’impact psychologique de vivre avec la crainte qu’il puisse nous arriver quelque chose peut devenir un gros fardeau au quotidien. Et pour répondre à cette inquiétude naturelle, il faut plus qu’une réponse pénale ou policière.

« 26 % des habitants des Quartiers dits politique de la ville (QPV) déclarent se sentir en insécurité, contre 10 % en dehors de ces territoires (Source : Ministère de l’intérieur – Rapport d’enquête « Cadre de vie et sécurité » 2019) », explique Mathieu Allerme, responsable clientèle chez CDC Habitat Grand Ouest. « Le sentiment d’insécurité exprime d’abord une vulnérabilité. La peur est liée à l’âge, au sexe, au niveau social et à l’isolement. On est deux fois plus vulnérable quand on est isolé ».

Premier enjeu : restaurer le lien social en retrouvant un esprit de quartier

Si CDC Habitat travaille de longue date sur la sécurisation de son patrimoine (installation de système de vidéosurveillance, résidentialisation, changement des portes d’accès) et sur des actions d’occupation du terrain avec des sociétés de vigiles ou des médiateurs (en plus du travail régulier avec la police municipale et nationale), le Groupe a décidé de compléter son approche sécuritaire par une solution qui identifie le lien social comme central pour sortir les habitants de leur isolement et diminuer le sentiment d’insécurité. 

« La classe ouvrière qui avait la capacité de fédérer les populations autour d’un projet commun favorisant les pratiques solidaires et l’autocontrôle social notamment de la violence, a disparu de nos quartiers populaires », reprend Mathieu Allerme. « Cette communauté n’a pas été remplacée, laissant place à la fracture sociale et à l’isolement. Notre projet est donc de créer un collectif d’habitants pour développer les solidarités, rassurer et redonner confiance aux locataires face aux incivilités. La réappropriation des espaces collectifs est également un enjeu important, notamment des halls d’immeubles, pour les penser à nouveau comme des lieux de vie qui inspirent confiance et respect ».

Si le rôle du bailleur n’est pas de se substituer à l’État régalien ni aux forces de l’ordre, il lui est en revanche possible de se mobiliser en faveur de la création d’un lien social en mesure d’atténuer le sentiment d’insécurité. Pour y parvenir, CDC Habitat a commencé par mener une enquête sociale en février dernier, confiée à un prestataire externe, pour évaluer le sentiment d’insécurité auprès des habitants des 287 logements locatifs sociaux que la direction interrégionale Grand Ouest gère à Rouen, sur le quartier Grand Mare, soit 6 grandes tours de 12 à 16 étages. Si les résultats sont variables d’un bâtiment à l’autre, ils confirment un niveau assez élevé du sentiment d’insécurité, et révèlent un socle d’isolement de 30 % de locataires qui déclarent ne pas ou très peu sortir de chez eux.

Deuxième enjeu : créer un collectif d’habitants

Pour créer le collectif, CDC Habitat a choisi de travailler avec plusieurs associations du quartier comme Mix’Cité, Respire et I.D.Hauts, pour mener des actions de terrain et instaurer un dialogue avec les habitants. Entre le 3 mai et le 7 juillet dernier, 24 rendez-vous ont ainsi été organisés : « Cafés Papote » en pied d’immeuble tous les mercredis et samedis matin ; ateliers cuisine, jeux de société ou jardinage ; « Goûters Papote » à la sortie d’école…

« 44 % des locataires sont des familles monoparentales et une part importante de la population logée ne maîtrise pas le français. Il a fallu adapter nos horaires et nos formats d’intervention pour toucher un maximum de monde », précise le responsable de clientèle. En revanche, la grande fête des voisins prévue initialement le 7 juillet a dû être décalée au mois de septembre du fait des émeutes qui ont touché la France entière – et notamment le quartier de Grand Mare. Le retour de la violence à la une de l’actualité a évidemment eu un impact considérable sur les habitants et sur la création du collectif. Pour autant, les acteurs de terrain restent mobilisés, et leur seule présence régulière pendant plusieurs mois a permis de faire bouger les lignes – et même de déloger une bande de jeunes qui posait problème. »

« Nous ne sommes encore qu’au début de la démarche mais ce qui est sûr, c’est qu’à partir du moment où on occupe le terrain, on règle un certain nombre de problèmes », conclut Mathieu Allerme. « C’est comme ça qu’on réussira à rendre les locataires moins vulnérables et acteurs de leur quotidien au sein d’un collectif qui aura vocation à devenir autonome ».

Troisième enjeu : proposer une formation à la sûreté comportementale

L’expérimentation s’étendra sur une année encore minimum, avec plusieurs points d’étape pour ajuster les actions en fonction des résultats. Enfin, CDC Habitat envisage de proposer aux habitants une formation à la sûreté comportementale organisée par la société Suretis – un cursus d’ordinaire proposé aux professionnels.