Un partenariat pour favoriser l’autonomie des personnes à mobilité réduite

Quand on parle de mobilité des personnes, la question de la mobilité verticale est très souvent la grande oubliée de l’équation. S’il est important de pouvoir se mouvoir « horizontalement » dans la ville, d’accéder aux transports, de circuler dans les rues et sur les trottoirs, et bien sûr d’accéder à un logement adapté, le fait de ne pas être bloqué chez soi quand on habite dans un immeuble – qu’il soit ou non équipé d’ascenseur – est un facteur essentiel.

« La prise en compte des personnes à mobilité réduite par les bailleurs s’est considérablement améliorée ces dernières années, notamment notre capacité à proposer des logements adaptés à leur situation et à accompagner l’entrée dans les lieux », souligne Isabelle Cosyns, responsable du service Développement Social et Urbain (DSU) de CDC Habitat en Île-de-France. « Néanmoins, la question de la mobilité n’est pas figée dans le temps : elle concerne aussi les personnes en situation de vieillissement ou touchées par un accident de la vie qui peut les immobiliser temporairement ou définitivement, et qui peuvent donc se retrouver du jour au lendemain dans un logement plus adapté à leur condition physique ».

Dès lors, le logement peut devenir une prison, notamment si l’on se trouve dans un immeuble sans ascenseur, avec un ascenseur pas adapté à un fauteuil roulant, ou même simplement en cas de panne ou de travaux de réfection de plusieurs semaines. C’est pour venir en aide aux personnes « enfermées » chez elles que l’association Plus Sans Ascenseurs a vu le jour en 2016 à Bobigny. Sa mission ? Proposer une gamme de services autour de la mobilité (aide aux courses, gestion des ordures ménagères, sortie d’animaux de compagnies…) mais aussi une intervention technique spécifique permettant aux gens de descendre ou de remonter chez eux.

Comme l’explique son Président, Frédéric Garcia, « nous défendons l’idée que la mobilité verticale est un droit essentiel des locataires, tout comme l’ascenseur est un bien commun car il s’agit d’un moyen de transport pour les gens. Or aujourd’hui, l’ascenseur est considéré comme une machine, et les bailleurs n’ont donc pas les mêmes obligations vis-à-vis de son usage ».

Un interlocuteur privilégié des bailleurs et des pouvoirs publics

En l’espace de quelques années, l’association est devenue, presque à son insu, LE spécialiste d’un sujet « dont personne ne s’était saisi ». Il faut dire que ses bénévoles cumulent des compétences à la fois techniques, administratives et juridiques, au point que le fondateur de l’association, Fouad Ben Ahmed, a été auditionné par le Sénat dans le cadre de la commission sur la loi d’orientation des mobilités (LOM). Surtout, Plus Sans Ascenseur a développé un système de chaise mécanique spécialement adaptée aux déplacements dans les escaliers des locataires.

« Nous avons testé la plupart des monte-escaliers du marché et avons sélectionné un produit que nous avons fait adapter au fabricant pour qu’il puisse répondre à toutes les situations que l’on peut rencontrer sur le terrain », précise Fouad Ben Ahmed. Autonomie renforcée pour éviter de tomber en panne avant le 10ème étage, lumière intégrée pour ne pas être gêné par la minuterie des cages d’escaliers… La « Verti’Move » est un outil ingénieux qui s’adaptent à tous les immeubles mais qui demande néanmoins une certaine prise en main et nécessite dans la plupart des cas un accompagnement. L’association travaille d’ailleurs sur la certification d’un nouveau métier, Assistant mobilité verticale, afin de reconnaître l’expertise des utilisateurs de la machine, et peut désormais compter sur CDC Habitat avec qui une convention a été signée pour déployer le dispositif sur l’ensemble de son patrimoine parisien et sequano-dionysien d’ici à 2022, et sur toute l’Ile-de-France à terme.

logo du collectif : plus sans ascenseurs

Un partenariat pour déployer plus largement le service

« Nous voulons favoriser un habitat vraiment inclusif pour tous nos locataires », reprend Isabelle Cosyns. « Évidemment, nous poursuivons notre travail d’accompagnement, notamment pour proposer de la mobilité résidentielle et des solutions de relogement plus adaptées à leur condition, mais sur un territoire fortement tendu où les places sont rares et où une partie du patrimoine ne dispose pas d’ascenseur, il est important pour nous de pouvoir nous appuyer sur des spécialistes en cas d’urgence ponctuelle ou récurrente ».

CDC Habitat est le premier bailleur à signer une convention de partenariat d’ampleur avec Plus Sans Ascenseurs et SAMV (Solution à mobilité Verticale), la société créée en parallèle par l’association pour « vendre » la prestation de déplacement. A noter néanmoins que le coût de l’intervention est intégralement pris en charge par le bailleur, les CCAS ou les collectivités selon les cas.

« Ce n’est pas parce qu’un besoin n’est pas exprimé qu’il n’existe pas », conclut Fouad Ben Ahmed. « On pense souvent aux adultes et aux seniors, mais il y a aussi des enfants qui ont besoin de notre soutien, en leur permettant de sortir chez eux et d’aller à l’école, on évite les situations de rupture. Notre rôle c’est d’être le trait d’union entre les locataires, les bailleurs, les gardiens et parfois même les ascensoristes, mais c’est surtout de maintenir le lien social pour tous ».