Accueillir des personnes condamnées à des travaux d’intérêt général : retour sur l’engagement de CDC Habitat

Depuis 2016, plusieurs agences locales de CDC Habitat accueillent des personnes condamnées à des travaux d’intérêt général afin de leur permettre de réaliser leur peine. Anne-Sophie Mouillé, directrice de l’agence de Lyon, et Evelyne Faure, responsable Ressources Humaines adjointe en Auvergne Rhône-Alpes, reviennent sur la mise en place de cette démarche. 

Pourquoi avoir choisi d’accueillir des personnes condamnées à des travaux d’intérêt général (TIG) au sein de votre structure ?

Anne-Sophie Mouillé : L’idée a été expérimentée en 2016 sur notre agence de Lyon avant d’être déployée sur Clermont-Ferrand et le Puy-de-Dôme l’année suivante, puis renouvelée chaque année depuis. Cela nous semblait être une manière assez naturelle de prolonger nos missions d’intérêt général. Nous accueillons régulièrement des personnes extérieures en formation : des stagiaires, des jeunes en service civique, des alternants. Dans ce cadre, il s’agit de donner une chance à des personnes qui ont accepté de réaliser leur peine autrement.

Evelyne Faure :Les TIG sont régulièrement prononcés par les juges dans le cas d’une condamnation pour des délits mineurs comme un excès de vitesse, l’usage de stupéfiants, des vols simples ou des faits d’outrage à agents. C’est une alternative assez plébiscitée car elle a du sens, et permet d’éviter de charger des prisons déjà surpeuplées. Mais encore faut-il trouver des organismes prêts à accueillir les personnes et à les encadrer dans le cadre de l’exécution de leur peine.

Comment se met en place l’accueil des personnes qui viennent réaliser leurs travaux chez vous ?

ASM : Déjà, il faut être habilité par le juge d’application des peines pour cela. L’habilitation est donnée pour 5 ans, et il faut ensuite définir des lieux reconnus « accueil », où les peines pourront être réalisées. Il faut que le site s’y prête, qu’il y ait du personnel volontaire pour l’encadrement… Ensuite nous travaillons en amont avec les conseillers du SPIP, le Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation, pour échanger sur les profils que nous pourrions accueillir et cadrer les interventions.

EF : Les responsables de secteur ou les gardiens d’immeubles participent aux entretiens réalisés en amont avec les personnes car ce sont eux qui vont les accompagner. Il faut qu’ils soient à l’aise et en confiance. Nous avons fait le choix de n’accueillir que des personnes dont les peines ne dépassent pas les 150 heures de TIG – même si le juge peut prononcer jusqu’à 400 heures. C’est ce qui nous a semblé le plus compatible avec notre activité : c’est un vrai travail d’encadrement, les gens ne sont pas là pour regarder nos équipes travailler mais bien pour réaliser des tâches. Chaque encadrant a la possibilité de suspendre temporairement un accueil en cas d’absence, voire de stopper la mission si elle ne se déroule pas dans de bonnes conditions, ce qui est rarement le cas.

Quelles sont les missions confiées dans le cadre de ces TIG ?

ASM : L’essentiel porte sur des tâches dites de « sur-entretien » du patrimoine, notamment le nettoyage des parties communes ou des abords des résidences, la gestion des déchets ménagers…  Nous évitons juste de faire intervenir les personnes dans leur quartier, ou dans leur immeuble dans le cas où ce serait un de nos locataires, ce qui peut arriver.

EF : Ce qui est intéressant, c’est de voir que pour certains, ces TIG peuvent fonctionner comme un déclic. Certains ont découvert le métier de gardien et ont pu être orientés vers des formations ou associations d’insertion. D’ailleurs, l’une des parties intéressantes de la démarche est le suivi qui est fait avec le SPIP : à la fin, nous remplissons un bilan où nous pouvons mettre des commentaires qui pourront servir dans le cadre du suivi social et judiciaire.

C’est ce qui donne le sens à cette démarche ?

EF : Les encadrants sont pleinement impliqués dans l’accompagnement des TIG, avec un sentiment d’utilité faisant partie intégrante de leur mission d’intérêt général. Sur une année, chaque agence va permettre de réaliser entre 500 et 2000 heures de TIG.

ASM : Nos collaborateurs s’investissent vraiment dans le tutorat et ont plaisir à accueillir une personne qui vient les aider et partager leur métier. Les personnes que nous accueillons sont parfois un peu en marge, d’autres fois elles sont en activité.  Nous avons tous à cœur de leur montrer que l’on peut s’épanouir en faisant un travail de proximité.