Les associations de locataires, partenaires incontournables des bailleurs
Elles sont à la fois le réceptacle des demandes individuelles de leur adhérents, des négociatrices investies dans la recherche d’accords collectifs, et un thermomètre social des quartiers. Elles mènent également une veille régulière sur le plan législatif comme sur le terrain, et n’hésitent pas à agir en lanceuses d’alerte dès que nécessaire. Les associations de locataires jouent un rôle central dans le quotidien des résidences – et par ricochet dans celui des bailleurs qui les gèrent. « Elles sont nos interlocutrices au quotidien sur de multiples sujets », confirme Karine Chapat. directrice de l’agence Auvergne de CDC Habitat. « Nous travaillons ensemble à la fois dans le cadre des conseils de concertation locative, et de manière plus informelle, au fil des sujets et des demandes de leurs adhérents, pour apporter des réponses concrètes à des besoins spécifiques ».
Si la loi a fixé les contours des conseils de concertation locative (voir encadré), c’est à la fois pour garantir les conditions d’un dialogue constructif et pour s’assurer que la voix des résidents soit entendue de manière régulière – et portée par des personnes à même de les défendre. « Le principe est de réunir un Conseil de concertation locative par an, mais nous avons fait le choix d’en mener trois chaque année au niveau de l’agence car cela nous semble nécessaire pour assurer un vrai échange », reprend Karine Chapat. « Tous les thèmes peuvent être abordés, des plus techniques aux plus sociétaux, les associations élues pouvant demander à rajouter des sujets à l’ordre du jour en plus de ceux que nous avons prévu d’aborder ».
Un partenaire exigeant mais constructif
Parmi les différents interlocuteurs de CDC Habitat sur Clermont-Ferrand, l’antenne du Puy-de-Dôme de la CLCV (Consommation Logement Cadre de Vie), une des plus anciennes associations nationales des consommateurs et des usagers, mène un travail de fond aux côtés des bailleurs depuis de nombreuses années. Comme l’explique Michel Inçaby, ancien président et actuel responsable logement social, « nous sommes présents depuis les années 70 sur Clermont-Ferrand, et plus particulièrement les quartiers Nord – notamment celui de la Gauthière où CDC Habitat est implanté de longue date. Nous intervenons à la fois sur les questions liées à la défense des consommateurs et des locataires, deux axes complémentaires tant les sujets ont tendance à se croiser ».
Ces dernières années, la CLCV 63 s’est ainsi mobilisée sur plusieurs sujets relatifs à la fois au confort ou à la santé des locataires, comme les punaises de lit, un fléau qui touche autant l’hôtellerie de luxe que le logement social, ou la question du radon – un gaz radioactif très présent en Auvergne-Rhône-Alpes que l’association a demandé à prendre en compte lors de la réhabilitation des logements. Aucun sujet n’est tabou et c’est toujours dans le dialogue que l’association s’efforce de faire bouger les lignes. « Nous avons à cœur de faire remonter les sujets du terrain pour les amener dans les instances de concertation », souligne Céline Moynault, chargée de mission logement social. « Nous nous appuyons à la fois sur nos permanences, des enquêtes, du porte-à-porte, pour identifier les besoins réels des locataires et les porter à la connaissance des bailleurs. Récemment, nous avons ainsi demandé à CDC Habitat de mettre la question de l’écomobilité à l’ordre du jour car nous estimons qu’il n’y a pas de raison que le logement social soit à la traîne sur ce sujet ».
Un retour du terrain complémentaire
L’association a également été la cheville ouvrière des négociations avec les bailleurs sur les conditions de relogement des locataires concernés par la démolition de leur logement dans le cadre du renouvellement urbain, un sujet qui concerne au premier lieu CDC Habitat puisqu’une partie de la Résidence des Trioux du quartier de la Gauthière est concernée par ces opérations. Une démarche exigeante mais constructive, qui permet d’avancer collectivement sur des sujets majeurs, en levant les freins et en évitant les impasses dogmatiques. « Les associations de locataires apportent un regard complémentaire à celui de nos équipes de terrain qui sont elles aussi au contact quotidien de nos locataires », conclut Karine Chapat. « Elles ont une vision parfois plus complète d’un quartier car elles travaillent avec tous les bailleurs, même si elles n’ont pas forcément la vision de nos contraintes propres… Nous ne sommes pas toujours d’accord sur tout, et nous n’avons d’ailleurs pas vocation à l’être, mais nous nous tirons mutuellement vers le haut pour le bien des locataires, du quartier et de la ville ».

« La concertation locative doit devenir un réflexe partout sur le territoire »
Valérie Alaine, chargée de mission concertation chez CDC Habitat
« Les conseils de concertation locative (CCL) sont des instances de concertation réglementaire réunissant des représentants du bailleur et des représentants des locataires, et régies par des plans de concertation locative. Tous les bailleurs sociaux doivent proposer ces plans qui fixent le cadre de la concertation pour une période donnée et qui sont négociés avec les organisations représentatives des locataires.
Chez CDC Habitat, nous avons choisi d’avoir à la fois un CCL centralisé au niveau national avec des réunions thématiques pour mener un travail collectif sur des sujets transversaux (politique patrimoniale, politique sociale, charges…), et des CCL au niveau local pour chaque agence qui gère au moins 3 000 logements. Les CCL locaux doivent se réunir au moins une fois par an et être consultés avant certaines interventions sur le patrimoine, telles que les opérations de construction-démolition ou d’amélioration ayant une incidence sur les loyers ou les charges locatives.
Il n’est pas imaginable pour nous de centraliser la concertation alors que, par définition, elle doit s’ancrer dans le quotidien et les besoins de chaque territoire. Évidemment, ces instances ne vivent pas de la même manière selon la région ou le département : il y a des endroits où le travail avec nos agences est réellement constructif et permet d’avancer sur de nombreux sujets, et d’autres où le dialogue est moins ancré dans les habitudes. En tant que bailleur, nous poussons pour que la concertation et l’implication des locataires dans nos projets deviennent un réflexe partout car nous voyons bien l’impact positif que cette démarche collective peut avoir, tant pour anticiper des problèmes que pour apaiser d’éventuelles tensions ».