La gestion en flux, une petite révolution dans les attributions

Repoussée à plusieurs reprises, l’entrée en vigueur de la gestion en flux des attributions a permis aux réservataires de se rapprocher des bailleurs et de mieux s’approprier leur rôle en matière de logement. Retour sur le déploiement du dispositif en Gironde.

Généralisée dans le cadre de la loi Élan, la gestion en flux a été imaginée afin de lever les freins de la gestion dite « en stock » qui était jusque-là en vigueur. Pour rappel, jusqu’en 2023, chaque réservataire se voyait affecter un « stock » fixe de logements, et n’était donc sollicité par le bailleur que lorsqu’un logement de son stock se libérait – une situation jugée insatisfaisante par de nombreux acteurs de terrain.

« Avec un taux de rotation très faible sur certains produits ou secteurs, les réservataires n’étaient parfois que rarement concernés par ces mouvements, et donc se sentaient lésés par le manque de possibilités d’attributions sur une année », rappelle Marie-Noëlle Herboux, directrice de la gestion locative pour CDC Habitat Sud-Ouest. « Désormais, chaque réservataire dispose d’un pourcentage du flux de logements mis ou remis sur le marché par nos soins chaque année, et donc d’un plus grand nombre de logements vers qui orienter les publics prioritaires qu’il accompagne ».

Une collaboration renforcée

Sur le papier, la gestion en flux vise à donc à fluidifier les attributions et à faciliter l’accès au logement de certains ménages, tout en renforçant la mixité sociale grâce à une plus grande diversité de profils accueillis et une meilleure répartition sur le territoire. Mais pour que tout cela se concrétise, encore faut-il que bailleurs et réservataires s’approprient ensemble ce nouveau fonctionnement, ce qui nécessite de nombreux échanges et quelques ajustements de process.

Comme l’explique Emilie Degrugillier, directrice adjointe de l’agence Bordeaux Atlantique de CDC Habitat, « la gestion en flux demande un pilotage plus fin de notre part puisqu’à chaque logement qui se libère, il faut regarder en détail les caractéristiques du produit, le public à qui il pourrait convenir, et donc ensuite le réservataire le plus à même de nous orienter le bon profil – en respectant évidemment le nombre d’attribution de chacun ».

Des processus qui évoluent

Pour cela, des outils de pilotage plus efficaces ont été déployés et les processus revus en interne pour permettre ce suivi en précision. Les échanges avec les différents réservataires sont également beaucoup plus nombreux tout au long de l’année, et un premier bilan a été réalisé au bout d’un an pour voir ce qui fonctionnait et ce qui pouvait être amélioré.

« Ces échanges nous permettent de voir si ce que nous proposons aux réservataires correspond à leurs attentes », reprend Émilie Degrugillier. « Cela nous responsabilise et nous oblige à avoir une approche plus qualitative, à sortir de certains réflexes. Désormais on essaie d’avoir une approche plus large, on continue de regarder les typologies mais aussi les localisations… C’est un formidable levier pour favoriser la mixité sociale sur les patrimoines présentant des enjeux de reconquête, notamment les QPV, tout en répondant aux attentes des réservataires ».

Si certains réservataires gèrent en direct leur flux de logements, d’autres ont fait le choix de déléguer cette gestion aux équipes de CDC Habitat et de leur faire confiance pour les attributions – offrant ainsi une marge de manœuvre encore plus grande au bailleur pour répondre aux priorités d’un territoire donné. « C’est une vraie révolution pour nos équipes et il va falloir encore un peu de temps pour être pleinement opérationnels, mais on sent déjà tout le potentiel de ce nouveau fonctionnement », conclut Marie-Noëlle Herboux. « Tout ce qui va dans le sens d’un meilleur dialogue partenarial autour des attributions ne peut être que positif à terme ».