CDC Habitat et la ville de Quetigny (21) imaginent un nouveau modèle d’habitat inclusif

Handicap

CDC Habitat vient de livrer un programme en cœur de ville, comprenant 8 logements entièrement adaptés aux besoins de personnes en situation de handicap lourd, et bénéficiant d’un accompagnement dédié assuré par la Mutualité Française. Une expérimentation originale qui ouvre des perspectives pour une plus grande inclusivité de l’habitat.

Si l’habitat inclusif s’est imposé depuis quelques années dans les débats autour des politiques publiques de l’habitat, peu de projets voient encore le jour sur le terrain, la faute notamment à un montage et un équilibre financier souvent complexes. Pourtant, de plus en plus de collectivités et de bailleurs se saisissent de ces questions, à l’image de CDC Habitat et de la ville de Quetigny, située sur le territoire de Dijon Métropole et où le Groupe est présent depuis les années 60. « Nous avons été sollicités en 2015 par la ville, désireuse de faire émerger une offre de logements adaptés pour des personnes en situation de handicap lourd », se souvient Amélie Pillet, directrice des agences CDC Habitat social de Beaune et de Quetigny. « Il nous a fallu plus de cinq ans pour définir les besoins précis, identifier le programme le plus adapté et le réaliser ».

L’opportunité est venue d’une démolition prévue en cœur de ville, sur laquelle était envisagée la construction de 40 logements neufs et dont 8 lots ont été fléchés pour le volet inclusif. CDC Habitat s’est rapproché du GIHP, le Groupement pour l’Insertion des personnes Handicapées Physiques, pour imaginer les contours du projet. Celui-ci a apporté son assistance à maîtrise d’ouvrage et a notamment défini un cahier des charges précis, permettant de faciliter l’autonomie des personnes en situation de handicap dans leur logement. « L’originalité du projet a été de partir directement des besoins d’un panel de potentiels futurs occupants des 8 logements et d’échanges avec leurs familles », reprend Amélie Pillet. « Il nous a ensuite fallu trouver un moyen d’équilibrer financièrement le montage, via une mise en commun de la PCH – la prestation de compensation du handicap ».

Un modèle conjuguant habitat et accompagnement dédié

La PCH est une aide versée par le département qui permet de financer les dépenses liées à la perte de l’autonomie et qu’il est possible de mutualiser dans certains cas. Dans le cadre du projet mené par CDC Habitat, la mutualisation de la PCH va permettre de mettre en place des systèmes d’aide à la vie partagée et un accompagnement dédié, géré par un spécialiste déjà présent sur place. « Nous nous sommes rapprochés de la Mutualité Française qui gère déjà 50 logements CDC Habitat en intermédiation locative sur Quetigny ainsi que l’EHPAD voisin », explique la directrice d’agences. « Non seulement il nous semblait naturel de travailler avec le tissu local mais il y avait là une complémentarité naturelle qui facilitait les choses ».

Car si la mutualisation est rendue possible par la loi, les coûts induits par l’accompagnement nécessitent que les 8 locataires prennent possession des lieux en même temps. « L’expérimentation fonctionne car tous se sont engagés à mettre en commun leur subvention », souligne Amélie Pillet. « Parallèlement, la convention signée avec la Mutualité Française stipule qu’une personne sera mise à disposition toute la journée, avec également une astreinte la nuit – commune avec l’EHPAD. L’objectif étant qu’il y ait toujours quelqu’un 24h/24 et 7j/7 pour intervenir en cas de besoin ».

Niveau engagement, CDC Habitat a également rempli sa part du contrat avec des logements T2-T3 entièrement adaptés aux besoins des occupants : douches plates à l’italienne, meubles de cuisines adaptés, prises électriques dans les chambres pour pouvoir rajouter du matériel médical en cas de besoin, portes d’accès motorisables si besoin… La livraison du projet a eu lieu le 19 octobre et de l’extérieur, rien ne différencie la résidence des autres bâtiments du centre-ville. « C’est un modèle qui fonctionne car nous avons travaillé de manière collaborative dès le début », conclut Amélie Pillet. « L’équilibre est fragile mais cela permet de proposer un habitat réellement inclusif, où les locataires peuvent être autonomes chez eux, recevoir du monde… ce qui est au final très rare pour ces publics. Nous allons mettre en place un comité de pilotage et de suivi pour continuer à améliorer le modèle et, nous l’espérons, pouvoir le dupliquer prochainement ailleurs ».

3 questions à… Rémi DETANG, Maire de Quetigny

Comment est née l’idée de créer une offre de logements inclusifs en centre-ville ?

Ce projet est né de conversations entre les élus et des familles de Quetigny. Celles-ci exprimaient la nécessité d’un habitat totalement adapté aux personnes handicapées et en pointaient le manque à Quetigny – et plus largement dans l’agglomération dijonnaise. L’expression de ce besoin a coïncidé avec la réflexion puis la mise en œuvre du projet « Cœur de Ville » dont l’objectif était de réaménager le centre-ville afin de renforcer son animation et permettre la construction de nouveaux logements. L’emplacement du bâtiment à proximité des services, des commerces, des professionnels de santé et des transports publics tels que le tramway était idéal pour favoriser l’installation et l’autonomie de personnes en situation de handicap.

Comment avez-vous abordé le montage de l’opération ?

Pour répondre à ce besoin, il y avait nécessité de travailler avec des partenaires compétents et ouverts à la philosophie du projet. Dès le départ, nous avons souhaité associer à la réflexion CDC Habitat qui est le bailleur social « historique » à Quetigny ainsi que la Mutualité Française qui est également un partenaire très implanté et bénéficie d’une grande expertise en matière de prise en charge du handicap. S’en sont suivis des visites d’autres sites, de nombreux temps de réflexions collectifs, des échanges avec les familles et les partenaires pour, au final, trouver la meilleure solution à la fois en termes de logement et d’accompagnement. Nous avons aussi bénéficié des conseils du GIHP (Groupement pour l’Insertion des personnes Handicapées Physiques) ainsi que de l’appui du Conseil départemental et de la MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées).

Comment le projet a-t-il été accueilli ?

Ce projet incarne de manière très concrète notre volonté de favoriser la ville pour tous – un principe partagé par les habitants qui nous ont renouvelé leur confiance aux dernières élections. Avec l’équipe municipale et les partenaires, nous espérons avoir répondu aux attentes des familles grâce à ce dispositif. Il faut souligner qu’il s’agit là d’une innovation, donc d’une forme expérimentale qui pourra, si nécessaire, être revue et améliorée dans le temps, voire dupliquée ailleurs. C’est d’ailleurs le souhait que l’on peut formuler car ces huit logements sont sans doute loin de couvrir tous les besoins à l’échelle de la métropole dijonnaise.