Reconstruire les villes et les quartiers : entretien avec Anne-Claire Mialot, directrice générale de l’ANRU

L’Agence nationale pour le renouvellement urbain (ANRU) finance et accompagne la transformation des quartiers de la Politique de la ville. Anne-Claire Mialot, directrice générale, revient sur l’action de l’établissement public, notamment aux côtés du groupe CDC Habitat.

Quel premier bilan tirez-vous du NPNRU[1] dont la clôture des engagements est fixée à 2027 ?

À fin 2025, 90 % des opérations ont démarré et 30 % ont été livrées. 82 % des rénovations seront labellisées BBC Rénovation[2]: l’objectif de 72 % fixé par le législateur est donc amplement dépassé. Nous sommes également satisfaits des 15 600 logements autorisés en reconstruction en 2025, un niveau historique, pour reconstituer l’offre de logements sociaux. Le NPNRU donne de premiers résultats concrets et dans les quartiers dont le renouvellement est bien avancé, on sent une véritable différence. Les élus nous le disent, la perception change, la qualité de vie s’améliore. Le renouvellement urbain ne peut pas résoudre tous les problèmes, notamment en matière de sécurité, mais il redonne des perspectives aux habitants. À Épinay-sous-Sénart, par exemple, pour le programme mené avec CDC Habitat, les opérations en accession sociale ont été un succès car le quartier est devenu plus attractif. C’est ce que nous voulons, mais cela demande du temps et nécessite la mobilisation de tous.

Quel regard portez-vous sur les projets ANRU menés par le groupe CDC Habitat ?

CDC Habitat est un partenaire essentiel pour l’ANRU, à la fois par le nombre de projets portés et par la qualité des opérations. Nous travaillons ensemble sur plus de 70 sites de renouvellement urbain avec plus de 4 000 logements en réhabilitation. Nous avons besoin de bailleurs investis et compétents, désireux d’améliorer la vie des habitants en leur offrant des logements dignes. Quand l’engagement et l’expertise sont là, les résultats le sont également : cela garantit des réhabilitations de qualité comme à Sarcelles, mais aussi de belles réussites sociales comme à Pointe-à-Pitre. Dans ce dernier exemple, plusieurs jeunes ayant travaillé sur un chantier d’insertion pour une opération de désamiantage – dans le cadre des clauses d’insertion déployés par la SIG – ont été embauchés en CDI et sont ensuite intervenus sur d’autres opérations en Guyane. C’est aussi cela le renouvellement urbain : des perspectives pour les habitants, qu’il s’agisse de qualité de vie ou d’accès à l’emploi.

S’agissant justement de l’Outre-Mer, comment analysez-vous les spécificités de ces territoires ?

Ce sont des territoires à l’urbanisme extrêmement contraint et aux enjeux environnementaux décuplés. Certains sont en forte croissance démographique, dans ce cas il faut analyser précisément les besoins et ne pas reproduire les erreurs du passé en voulant construire trop vite. D’autres territoires sont en déprise démographique, ce qui offre plus de temps pour penser l’évolution de la ville. Par ailleurs, étant fortement exposés aux aléas climatiques, les territoires d’Outre-mer expérimentent et déploient des solutions pour faire face au changement climatique. Les territoires de l’Hexagone ont aujourd’hui tout intérêt à s’en inspirer.

La problématique des copropriétés dégradées va croissant : comment traitez-vous leur rénovation aux côtés de l’Anah ? 

L’ANRU intervient sur les copropriétés les plus dégradées dans les quartiers, lorsqu’elles ne peuvent être redressées par l’Anah. 150 quartiers du NPNRU rencontrent ce type de problématique. Pour intervenir, nous avons besoin d’opérateurs comme CDC Habitat. Ainsi, à Saint-Étienne-du-Rouvray, le Groupe a permis de reloger les habitants d’un immeuble avant sa démolition. Seule, la collectivité n’aurait pas pu porter ce projet. C’est la force de CDC Habitat que de trouver des solutions face à des problématiques nouvelles. Le groupe CDC Habitat a su développer des expertises nouvelles, au-delà de ses missions historiques, pour se mobiliser sur ces projets complexes, et c’est primordial pour l’avenir. L’indispensable recyclage urbain concernera aussi bien le logement social que le logement privé, et pour cela, il faudra des opérateurs compétents, en capacité de porter les projets sur le long terme.

Comment imaginez-vous le renouvellement urbain post NPNRU ?

Avec Jean-Martin Delorme et Cédric Van Styvendael, nous avons remis en février 2025 un rapport aux ministres François Rebsamen, Valérie Létard et Juliette Méadel. Le constat est là : les besoins remontés par les collectivités et les bailleurs sont encore importants. Le Premier ministre Sébastien Lecornu et le ministre de la Ville et du Logement Vincent Jeanbrun ont annoncé le 23 avril dernier un 3e programme de renouvellement urbain porté par l’ANRU. Les débats au Parlement devraient avoir lieu cet été. C’est une très bonne nouvelle car il est primordial de poursuivre cette politique de solidarité nationale pour les habitants les plus pauvres de notre pays. Les besoins remontés par les collectivités et les bailleurs sont encore importants.

« Le renouvellement urbain ne peut pas résoudre tous les problèmes (…), mais il redonne des perspectives aux habitants. »

Anne-Claire Mialot, directrice générale de l’ANRU

Retrouvez la version courte de cette interview et plus d’articles dédiés à la reconstruction des villes et des quartiers dans le rapport annuel 2025 de CDC Habitat.


[1] Nouveau programme national de renouvellement urbain

[2] Bâtiment basse consommation rénovation