La Fondation territoriale des lumières (FTL) a été créée en 2018, à l’initiative de Maisons & Cités, bailleur social des Hauts-de-France, pour prendre le relais du programme Mine d’idées lancé en 2014 par la Fondation de France sur les territoires de Lens-Liévin (62) et Hénin-Carvin (62).
Les 10 entreprises co-fondatrices, dont CDC Habitat, ont fait le pari qu’il était possible de lutter contre toute forme de précarité sur le bassin minier en libérant les énergies des habitants et en inventant de nouvelles coopérations au service du territoire.
Pour le renouveau du bassin minier
Le bassin minier du Nord – Pas-de-Calais concentre nombre de fragilités sociales. Depuis 2017, l’État s’est engagé pour le renouveau de ce territoire à travers un programme d’accompagnement des collectivités sur 10 ans. En complément de la mobilisation publique, la Fondation territoriale des lumières a décidé de fédérer des acteurs économiques locaux qui veulent s’engager pour contribuer à la réduction de la fracture sociale sur ce territoire.
Paroles de fondateurs
Dominique Soyer, directeur Général de Maison & Cités
« Inspirés par le succès du programme Mine d’idées, nous souhaitions poursuivre cette expérience et continuer à susciter l’émergence de projets menés par les habitants de nos quartiers, de nos cités, en réponse à des besoins non satisfaits. Une fondation sous l’égide de la Fondation de France nous a paru la façon la plus simple de continuer en associant d’autres acteurs du territoire : des acteurs économiques qui voulaient, comme nous, aller plus loin que leur cœur de métier et agir concrètement en faveur de l’amélioration des conditions de vie des habitants. »
Laure Decouvelaere, déléguée générale de la Fondation de France, région Nord
« La Fondation territoriale des lumières est emblématique d’une nouvelle forme de philanthropie, une philanthropie territoriale, qui se développe de plus en plus pour répondre à des enjeux locaux. Elle répond en tout point au modèle des fondations territoriales inspirées du modèle anglo-saxon des Community Foundations : un territoire délimité (celui du Bassin Minier), un objet en lien direct avec les enjeux du territoire et une gouvernance collégiale qui associe des expertises locales et diversifie les sources de financement. »
Des projets qui ciblent le territoire et impliquent les habitants
La fondation est dotée d’un fonds de près de 700 000 € sur 5 ans.
Elle soutient chaque année une vingtaine de projets locaux « réalisés par, pour et avec les habitants ».
En plus de l’appel à projet permanent dont l’enjeu est transversal, la FTL lance, une fois par an, un appel à projet thématique ciblé sur un enjeu fort du territoire, conçu avec des partenaires spécialistes et financé par des dons spécifiquement récoltés.
En 2020, 22 projets ont été soutenus dont 5 dans le cadre de l’appel à projets thématique portant sur les Jeunes et l’écocitoyenneté, baptisé Suppor’Terre.
« Deux critères de sélection sont incontournables : le projet doit permettre de répondre à des besoins exprimés par les habitants, et notamment les plus vulnérables, et il doit impliquer les habitants bénéficiaires dans sa conception et sa mise en œuvre. Notre volonté est bien de rendre les habitants acteurs des projets et de soutenir leurs initiatives. »
Dominique Soyer, Directeur Général de Maison & Cités
Pop Cirque : pour resserrer les liens familiaux

Pop Cirque est un projet porté par le Comité local du Secours Populaire français et destiné aux habitants de deux quartiers de Nœux-les-Mines (62) et des communes environnantes. Un projet dont l’enjeu est de resserrer les liens familiaux par le biais de la pratique des Arts du Cirque. Parents et enfants se retrouvent lors d’ateliers hebdomadaires pour découvrir et s’initier ensemble à une activité. 5 ateliers, sur les 18 prévus dans le cadre du cycle Cirqu’en Famille, ont pu être organisés depuis septembre 2020. 5 familles y ont participé, soit en tout une quinzaine de personnes.
« Dans les familles, il est parfois très compliqué de communiquer. Avec Pop Cirque, nous recréons des moments de partage entre parents et enfants dans la découverte d’une pratique culturelle. Nous souhaitons qu’elle soit un levier d’épanouissement, du respect, de l’entraide : que les familles soient fières d’y participer. Nous sommes aux prémices de la démarche qui nécessite de se déployer sur du long terme. Le cycle des ateliers se clôturera par un spectacle organisé par le Cirqu’en Cavale qui encadre le projet avec ses formateurs diplômés. »
Laura Mottin, Comité du Secours Populaire Français de Nœux-les-Mines
Des collaborateurs volontaires et engagés
La Fondation s’appuie aussi sur l’engagement des salarié(e)s des entreprises locales. Comme elle ne dispose pas de permanents, elle est animée par des collaborateurs en mécénat de compétences issus des entreprises fondatrices et aussi par des bénévoles, souvent des personnes retraitées. Ceux-ci interviennent plus spécifiquement dans l’accompagnement des porteurs de projet.
Les collaborateurs en mécénat de compétences sont chargés du fonctionnement général de la fondation, de l’instruction des dossiers de subventions, de la gestion de l’appel à projets thématique.
Maisons & Cités a mis en place un programme de volontariat d’entreprise qui permet à des collaborateurs intéressés, une journée par an, de mener l’instruction d’un dossier de demande de subvention sur leur temps de travail. A ce jour, une quinzaine de collaborateurs y a participé. 3 collaboratrices de Maisons & Cités sont actuellement engagées dans la Fondation, dans le cadre du mécénat de compétences : elles assurent l’organisation des comités, la réception des dossiers de demande de subvention et la coordination des instructeurs.
« Je travaille depuis 17 ans au sein de Maisons & Cités. J’ai reçu une formation sur le mécénat de compétences. Je participe à l’instruction des dossiers, je rencontre les associations. C’est une mission supplémentaire qui prend peu sur le temps de travail mais qui est très enrichissante. Cela me permet de rencontrer les associations et surtout de bien connaître ce territoire sur lequel je travaille depuis quelques mois seulement. »
Elodie Wirostek, responsable d’antenne de proximité à Noeux-les-Mines, Maisons & Cités
Sur l’île de Mayotte, la SIM (Société immobilière de Mayotte) gère un parc de 2 100 logements. Ce patrimoine devrait quadrupler d’ici 2030 sous l’effet d’une stratégie de développement ambitieuse. Ahmed Ali Mondroha, directeur général de la SIM, explique comment la société se met en ordre de bataille et mobilise ses partenaires afin de satisfaire les besoins en logements de la population.
La SIM est une société immobilière qui opère à Mayotte. Quels sont les enjeux liés à l’habitat sur ce territoire ?
Il existe une véritable urgence à construire des logements, et particulièrement des logements sociaux, sur l’île de Mayotte. Plusieurs raisons y contribuent. Tout d’abord, ce département d’outre-mer fait l’objet d’une très forte croissance démographique, sans équivalent en France. Le phénomène s’explique par la conjonction d’une immigration massive en provenance des pays voisins – Comores, Madagascar, Rwanda, Burundi – et d’un taux de fécondité élevé – 4,68 enfants par femme en 2019.
Une autre caractéristique de Mayotte est la précarité de sa population. En 2017, le PIB par habitant se situait autour de 9 000 euros contre 20 000 euros en moyenne dans les départements et régions d’outre-mer, et 34 000 euros en métropole. On estime que plus de huit personnes sur dix vivent aujourd’hui en-dessous du seuil de pauvreté. La troisième raison plaidant pour une production de logement plus soutenue résulte des deux premières. Il s’agit de l’insalubrité qui sévit dans les quartiers et les villages.
À titre d’illustration, les cases en tôle représentaient 40 % des habitations recensées en 2017.
Dans ce contexte, en quoi consiste la stratégie déployée par la SIM ?
Notre responsabilité est grande car nous sommes le seul bailleur social à Mayotte. Pour répondre aux besoins en logements de la population locale, nous allons donner un net coup d’accélérateur en termes de développement. Il y a trois ans, nous livrions à peine 100 logements par an. Nous en sommes aujourd’hui à environ 150.
Nous passerons à 400 logements en 2021 puis à une moyenne annuelle de 600 sur les années suivantes. À ce rythme, notre parc de 2100 logements aura doublé en 2025 et quadruplé en 2030. Nous avons, par ailleurs, l’objectif de participer de manière significative à l’aménagement du territoire. Cette volonté va se concrétiser à travers le projet de la ZAC de Mramadoudou, au Sud de l’île, qui prévoit la construction, sur un périmètre de 12 hectares, de 600 logements et plusieurs équipements publics.
Qui dit politique ambitieuse dit ressources financières à mobiliser. L’entrée de la SIM dans le giron du Groupe CDC Habitat lui a donné des moyens renforcés avec, en particulier, une augmentation de capital en 2019. Nous comptons également sur le concours des promoteurs constructeurs.
Début 2020, nous avons participé à un appel à projets VEFA (Vente en l’Etat Futur d’Achèvement) de notre groupe CDC Habitat et qui a abouti sur Mayotte à la programmation de plus de 1 400 logements supplémentaires.
Ces objectifs ambitieux appellent-il une transformation de la SIM ?
Oui, dans la mesure où nous devons compenser un certain nombre de contraintes locales qui pèsent sur la filière de la construction. Je pense notamment à la pénurie de personnel qualifié et à la faible structuration des entreprises. Pour travailler plus efficacement dans le domaine de la construction, nous recrutons des jeunes diplômés aux postes de responsable d’opération ou conducteur de travaux.
Nous avons complétement réorganisé notre service de maîtrise d’ouvrage en vue d’apporter un supplément de fluidité à nos modes de fonctionnement. De même, au niveau de l’exploitation, le parc locatif a été divisé en plusieurs secteurs pour une meilleure gestion de l’activité.
Nous souhaitons, à terme, ouvrir des bureaux à proximité immédiate de nos locataires. Le changement en interne prend également une dimension culturelle. Les équipes sont de plus en plus sensibles aux enjeux de performance économique et les échanges réguliers avec le Groupe n’y sont pas étrangers.
Entre les séminaires métiers, les stages d’immersion en métropole et les formations, nos collaborateurs se sont très largement professionnalisés. Et quand ils ont besoin d’un support opérationnel, juridique ou financier, ils savent où trouver les experts à qui s’adresser…
Comment fédérez-vous les principaux acteurs de la construction sur l’île ?
Accélérer le rythme de production de logements neufs suppose de pouvoir accéder à du foncier aménagé. Or, Mayotte accuse un très gros retard en terme d’aménagement du territoire. Mais les choses évoluent progressivement depuis la création de l’EPFAM (Etablissement Public Foncier et d’Aménagement de Mayotte) en 2015.
Grâce à la convention signée avec cet acteur, nous allons disposer dans quelques temps de la « matière première » nécessaire pour construire en masse et piloter notre développement. S’agissant des partenaires institutionnels, nous avons des contacts permanents avec les services de la DEAL (Direction de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement), qui jouent un rôle moteur en matière de financement du logement social.
Nous sommes aussi présents dans les comités de pilotage des grands projets relevant par exemple du NPNRU (Nouveau Programme National de Renouvellement Urbain) ou du SAR (Schéma d’Aménagement Régional). Je n’oublie pas notre proximité avec les entreprises du BTP, qui nous conduit à mettre en place des dispositifs de communication dédiés. À l’image, par exemple, d’un séminaire sur la construction que nous avons organisé en janvier 2020.
«La direction de l’outre-mer créée au sein du Groupe nous permet de faire circuler les expériences et les bonnes pratiques avec des sociétés immobilières qui partagent nos problématiques.»
Ahmed Ali Mondroha, directeur général de la SIM
Est-il possible d’établir le « portrait-robot » d’un logement social construit par la SIM ?
La surface habitable moyenne varie entre 55 mètres carrés pour un T2 et 100 mètres carrés pour un T5. Ces standards sont conformes à ceux du Groupe. Nous avons le souci de préserver certains éléments de l’architecture locale tels que la varangue, c’est-à-dire la véranda ornant la façade avant des habitations.
Bien évidemment, nos programmes respectent la réglementation ultra-marine visant à limiter l’exposition au risque sismique et cyclonique. Pour ce qui est des loyers, l’échelonnement se situe en moyenne entre 5 euros le mètre carré pour un logement locatif très social et 10 euros le mètre carré pour un logement locatif intermédiaire ou libre. L’attribution des logements sociaux se fait en application des textes réglementaires. Elle est du ressort de commissions d’attribution où siègent des membres de droit – le préfet du département, le maire de la commune, le président de l’intercommunalité – ainsi que deux administrateurs et quatre cadres de la SIM.
Quelle est votre vision de l’avenir de la SIM ?
J’ai beaucoup parlé de nos objectifs de développement. Sans maîtrise des coûts, sans respect des ratios qui permettent d’attester la performance économique de notre société, il n’y aurait aucun sens à les poursuivre.
C’est pourquoi nous allons intensifier notre effort pour assurer une croissance équilibrée malgré les difficultés structurelles auxquelles nous sommes confrontés – en particulier l’impact du coût d’approvisionnement des matériaux sur les budgets de construction. Je crois aussi que nous devons conforter notre position à Mayotte, qui est celle d’un leader presque institutionnel dans l’habitat en général. Sur ce point, l’une des clés du succès est sans doute de continuer à stimuler le tissu économique local.
C’est ainsi, par exemple, que nous avons planifié dans notre PSP (Plan Stratégique de Patrimoine) un investissement de 43 millions d’euros sur dix ans pour entretenir et rénover le parc existant. De quoi soutenir une centaine de petites entreprises, pour la plupart artisanales, dans des domaines comme la peinture, la plomberie, l’électricité, la charpente, etc…. Pour conclure, je voudrais insister sur l’optimisme qui m’anime : malgré la complexité de notre territoire, les perspectives en matière d’aménagement et de développement de logement sont aujourd’hui très favorables.




Face aux effets de la crise et à l’effilochement des solidarités, on peut se résigner. Ou bien réagir et mobiliser autour de soi. C’est cette seconde option qu’ont choisie les membres du collectif Coup de pouce pour un sourire. Rencontre avec Christian Gomis, son trésorier – et locataire de CDC Habitat.
Comment est née l’association Coup de pouce pour un sourire ?
Nous avons obtenu le statut d’association récemment, mais nous sommes actifs depuis trois ans. Avec les autres membres fondateurs, nous avions envie de venir en aide aux plus fragiles et aux sans-abri. La première initiative a été de distribuer plus de 350 plateaux-repas lors d’une maraude organisée porte d’Aubervilliers. Nous avons nous-même préparé ces plateaux dans un fast food prêté par son propriétaire. Le bouche-à-oreille aidant, nous nous sommes fait connaître et les demandes ont rapidement afflué. Grâce à des dons solidaires, nous avons pu diversifier nos opérations. Aux plateaux-repas se sont ajoutés des vêtements et des kits d’hygiène. Aujourd’hui, nous opérons à Paris, mais aussi dans les communes de Vernouillet, Verneuil et Triel-sur-Seine (78).
Durant le confinement, vous avez multiplié les actions de solidarité, notamment au bénéfice des locataires de CDC Habitat
Effectivement, il nous a semblé naturel d’apporter notre assistance aux personnes les plus touchées par la crise. Au total, une trentaine de familles ont été aidées pendant cette période, dans le respect des règles sanitaires. Par exemple, nous sommes intervenus auprès d’une locataire d’un immeuble géré par CDC Habitat, en l’aidant à aménager et équiper son appartement. Il y a eu, également, des projets de plus grande portée, comme des travaux de nettoyage et de désinfection des parties communes à l’intérieur des résidences, en lien avec des jeunes du quartier concerné et la gardienne de la résidence du Parc. Dans cette même résidence, nous avons distribué 450 masques destinés aux personnes âgées et/ou à risque, remis directement dans les boîtes aux lettres des habitants.
Quelle est votre vision de l’action sociale ?
Nous croyons, à notre échelle, à la nécessité de faire converger les actions de solidarité qui sont portées aujourd’hui par différents acteurs, positionnés sur leur propre champ d’interventions et de compétences. L’idée est bien de créer des dynamiques d’action garantissant qu’il n’y ait aucun laissé-pour-compte. C’est dans cet esprit, par exemple, qu’un rapprochement a été engagé avec la ville de Vernouillet, afin d’apporter un appui aux personnes en situation de fragilité, mais qui ne pouvaient pas recourir à leurs dispositifs d’aides et d’accompagnement. Cette place, que notre association souhaite occuper, suppose de développer des partenariats, mais aussi notre « pouvoir de faire ». Dans cette optique, nous devrions bientôt rencontrer des représentants de l’agence territoriale de CDC Habitat, pour étudier les modalités de coopération et envisager de futures initiatives communes pour les locataires.
Le fruit d’une démarche collective
Christian Gomis, Mourad Bellaoud, Salou Traoré, Nabil Dough : l’association Coup de pouce pour un sourire est née de l’esprit d’entreprise de ces quatre hommes et amis. Ils ont été rejoints par Aicha Bellaoud et Sihem Goudjil, qui pilotent l’organisation logistique des opérations, ainsi que la communication. La notoriété venue, le collectif s’est mis à fédérer un nombre grandissant de bénévoles – jusqu’à 20 personnes pour les actions de grande envergure.
Chaînon manquant entre le logement social et le logement libre, le logement intermédiaire est de plus en plus plébiscité par les collectivités de toutes tailles qui y voient un vrai levier de fluidification des parcours résidentiels. Retour sur le déploiement progressif du dispositif en Auvergne-Rhône-Alpes.
Comment parvenir à se loger décemment quand on n’est pas prioritaire pour un logement social mais que les loyers du parc privé sont trop élevés ? C’est à ce dilemme rencontré par de plus en plus de ménages français, notamment des jeunes en début d’autonomie, que le logement intermédiaire vient répondre. Celui-ci propose, en effet, une offre de qualité, avec un loyer inférieur au marché, de l’ordre de 10 à 15 % en moyenne mais parfois plus selon les territoires.
Comme l’explique Anne Canova, directrice régionale Auvergne-Rhône-Alpes de CDC Habitat, « le logement social souffre parfois d’une image trompeuse et d’une communication insuffisante qui font que de nombreuses personnes pensent en être exclues et ne déposent même pas de demande. Parallèlement, la hausse des loyers dans le parc privé crée une vraie tension sur le marché et ne permet pas à ces mêmes ménages de se loger, ou difficilement. Le logement intermédiaire vient répondre à cet entre-deux extrêmement pénalisant ».
Des bénéficies pour les locataires comme les collectivités
Conscient de ce besoin grandissant, le groupe CDC Habitat a rapidement fait le choix de développer le logement intermédiaire au niveau national, avec de fortes déclinaisons locales. Ainsi, le dispositif représente aujourd’hui un quart du patrimoine de CDC Habitat en Auvergne-Rhône-Alpes, mais aussi près de deux tiers de la production actuelle de logements neufs : « Au début, le logement intermédiaire était surtout plébiscité par les grosses agglomérations qui ont vu les loyers du marché libre exploser au fil des années », reprend Anne Canova. « Mais au fil du temps, de plus en plus de projets incluant le dispositif ont émergé, dans de plus petites communes, parfois même dans des quartiers prioritaires de la ville ».
Il faut dire qu’en garantissant un loyer inférieur au prix du marché, le logement intermédiaire est accessible à près de 85 % de la population française. Bien intégré dans les politiques locales de l’habitat, il est à la fois un gage de mixité sociale et de fluidité du parcours résidentiel – en plus d’être un tremplin vers un logement autonome pour de nombreux jeunes âgés de 25 à 35 ans, seuls ou en couple, parfois même avec un enfant.
Le logement intermédiaire cible également les travailleurs clés, avec des partenariats mis en place avec les collectivités, les services hospitaliers et les entreprises pour organiser une priorité en faveur de leurs personnels, avec un accès privilégié à une plateforme de commercialisation. Certains logements aussi peuvent être réservés à la fonction publique.
« Nous avons passé des conventions avec la Métropole de Lyon et le Pays de Gex afin de développer encore plus ce produit qui permet aussi de concurrencer indirectement les effets parfois néfastes de l’investissement individuel PINEL », souligne Anne Canova. La présence d’un bailleur social comme CDC Habitat dans les copropriétés est en effet un gage de stabilité et d’implication. Les bailleurs étant en outre soumis à une revente échelonnée sur 20 ans, cela permet de limiter les effets de revente massif de copropriétaires une fois le dispositif fiscal arrivé à son terme. Enfin, le logement intermédiaire étant commercialisé via les canaux classiques (agences, sites Internet…), il permet de toucher un plus grand nombre de locataires potentiels, notamment ceux qui ne pensent pas à se tourner vers le logement social alors qu’ils pourraient y avoir droit.
Des réussites locales qui donnent le ton
Avec un objectif annuel de 800 nouveaux logements intermédiaires construits par an, CDC Habitat entend accompagner activement les collectivités dans l’intégration toujours plus poussée du logement intermédiaire dans les politiques locales de l’habitat – que ce soit à travers des projets mixtes ou 100 % intermédiaires. Preuve de son succès, le dispositif occupe d’ailleurs une place centrale dans le plan de relance du Groupe, et de nombreux projets sont actuellement en cours de développement dans les grandes agglomérations (Lyon (69), Annemasse (74), Grenoble (38), Clermont-Ferrand (63), etc.) comme dans les territoires moins tendus ou labellisés Action Cœur de Ville (Villefranche-sur-Saône (69), Bourgoin-Jallieu (38), Vienne (38), Bourg-en-Bresse (01), etc.).
« Face à la tendance haussière des loyers, le logement intermédiaire s’est progressivement imposé comme une solution pour de nombreux ménages », conclut Anne Canova. « Notre expertise en la matière fait de nous un interlocuteur privilégié des collectivités qui souhaitent renforcer la mixité et la solidarité de leurs politiques de logement ».
Quelques exemples de programmes en Auvergne-Rhône-Alpes

Cette résidence propose une offre mixte sur les hauteurs de la ville, avec une partie en accession à la propriété, des logements sociaux et une vingtaine de logements intermédiaires gérés par CDC Habitat.

Livrée en juin 2020, cette résidence mixte de standing propose à la fois un bâtiment en accession à la propriété, des logements sociaux et 70 logements intermédiaires.

Un programme de 85 logements au total ( dont 40 logements intermédiaires repartis entre le 1er et le 9e étage), situé dans un quartier prisé du centre ville de Lyon, avec services partagés, destinés aux résidents et gérés par le syndicat de copropriété
Le groupe CDC Habitat publie en cette rentrée un guide sur la précarité énergétique afin de faire le tour de cette problématique complexe qui touche près d’un ménage sur cinq en France et contre laquelle le Groupe est pleinement mobilisé. Entretien avec Élodie Espéout, responsable de la stratégie environnementale, et Sandra Beer, responsable études et analyse de marché.
Depuis quand CDC Habitat s’est-il emparé de la question de la précarité énergétique ?
Élodie Espéout : Le Groupe a publié dès 2008 un livre vert sur la transition énergétique et écologique, « L’Habitat au défi de la résilience ». À cette époque, nous affichions déjà notre volonté de réduire drastiquement nos émissions de gaz à effets de serre. Puis en 2010, le Grenelle de l’Environnement a permis de poser la définition de la précarité énergétique, poussant les bailleurs à se saisir de cette question qui dépasse le seul cadre de leur patrimoine.
Sandra Beer : Il faut dire que le phénomène touche aujourd’hui près de trois millions de ménages, soit environ sept millions de personnes. L’une des difficultés est la façon d’aborder la question selon que l’on se situe dans le nord ou dans le sud de la France, selon que l’on parle de barres d’immeubles des années 70 ou de maisons individuelles, ou selon qu’il s’agisse d’accompagner des personnes âgées ou des familles nombreuses.
Quand on parle de précarité énergétique, la première image qui vient est celle des « passoires thermiques ». Pourtant, votre travail souligne que ce n’est qu’une partie du problème…
EE : Il y a bien sûr un facteur « bâti » important dans la lutte contre la précarité énergétique. D’ailleurs CDC Habitat s’est engagé à ne plus avoir aucun logement avec une étiquette F ou G à l’horizon 2025, et mène une importante politique de réhabilitation basée sur les diagnostics de perfomance énergétique (DPE). Mais pour être vraiment efficace dans la lutte contre la précarité énergétique, notre stratégie se doit d’intégrer les caractéristiques d’occupation du parc.
SB : En discutant avec les équipes des agences de proximité, nous nous sommes en effet rendu compte que dans beaucoup de cas, le bâtiment et les équipements n’étaient pas la seule cause. Par exemple, il ne suffit pas d’installer de nouveaux systèmes de chauffage pour enrayer le phénomène.
La prise en compte des usages au sein du logement est nécessaire car ceux-ci impactent de façon non négligeable les consommations d’énergie. L’adhésion des locataires aux actions menées apparaît ainsi comme le facteur déterminant du projet.
Il y a donc un gros travail de sensibilisation des publics à mener ?
SB : Il faut évidemment sensibiliser nos locataires après chaque opération de réhabilitation, mais il faut aussi faire de la prévention. Nous avons développé une méthodologie pour identifier la fragilité de notre patrimoine, et croiser cette réalité avec le profil des ménages pour intervenir le plus tôt possible.
C’est essentiel car la précarité énergétique est au croisement d’autres problématiques : quand on n’est pas bien chez soi, on n’invite pas les gens à venir, on s’isole… Une mauvaise qualité de l’air intérieur peut aussi avoir des conséquences directes sur la santé.
EE : En tant que gestionnaire, il y a aussi un impact potentiel en matière de dégradation et de sécurité du bâti. D’où l’importance de ce travail d’identification du patrimoine prioritaire et des locataires en situation de fragilité. Identifier la fragilité, c’est se donner les moyens d’éviter que les gens ne basculent dans la précarité.
Comment créer des dynamiques locales autour de ce sujet ?
SB : Il y a une vraie prise de conscience autour de ce sujet depuis quelques années. Certaines collectivités sont d’ailleurs précurseurs en la matière, et ont déjà déployé des dispositifs comme le service local d’intervention pour la maîtrise de l’énergie (SLIME) avec le réseau pour la transition énergétique CLER. Nos équipes s’associent régulièrement à ces actions et travaillent main dans la main avec des associations locales. Sur ce sujet comme sur d’autres, les dynamiques territoriales sont essentielles, sinon ça ne fonctionne pas.
EE : Souvent, avant même de parler d’énergie avec les locataires, il y a d’autres sujets à aborder, comme les questions d’emploi, d’habitudes, de gestion des déchets, etc. Cela passe par un accompagnement de proximité, et des actions collectives qui évitent que les gens ne se sentent stigmatisés alors même que l’on vient les aider.
Il y a une vraie psychologie à avoir autour de la précarité énergétique. C’est d’ailleurs pour ça que CDC Habitat a prévu de former l’ensemble de ses équipes de proximité à cette problématique. 150 gardiens ont déjà été formés, et nous sommes en train d’adapter les sessions aux nouveaux protocoles sanitaires pour poursuivre ce travail.
« Le traitement de la précarité énergétique constitue un des enjeux majeurs pour négocier le virage de la transition écologique. C’est en conciliant l’ensemble des interventions dans une démarche inclusive et participative de toutes les parties prenantes que nous réussirons à faire de l’habitat, des lieux de vie responsable, durable et solidaire »
Samira Chacal, responsable de la coordination du développement social et urbain (DSU) chez CDC Habitat
Un projet pilote au cœur de Lyon (69)
L’Agence du Rhône de CDC Habitat lancera, cet hiver, une première expérimentation afin de mieux cerner les différents leviers pour lutter efficacement contre la précarité énergétique sur le terrain. « Nous travaillons en concertation depuis 2019 avec les équipes du siège pour construire une stratégie adaptée à la fois à notre patrimoine et à nos locataires », explique Anne-Sophie Mouillé, directrice de l’agence.
Une liste de plusieurs ensembles immobiliers « prioritaires » a ainsi été constituée, et un immeuble de neuf logements locatifs situé rue Montesquieu dans le 7ème arrondissement de Lyon a été choisi pour un test grandeur réel, portant à la fois sur le remplacement des chaudières et sur un accompagnement des locataires mené avec l’association Cléo.
« L’idée est de profiter de la période de chauffe allant d’octobre à mars pour analyser les comportements et les consommations des locataires, et travailler au cas par cas avec l’association pour expliquer à chaque ménage comment optimiser les réglages, pour parler aussi éco-gestes durables… ».
Le choix s’est porté sur un bâtiment accueillant plusieurs personnes sans activité professionnelle (retraités, personnes en recherche d’emploi ou invalides), parfois isolées ou en situation de sous-occupation du logement – des problématiques régulièrement croisées dans le patrimoine de CDC Habitat et qui peuvent avoir un impact direct sur la précarité énergétique.
« À la fin de l’hiver, nous évaluerons l’impact financier du changement des chaudières et des comportements sur les charges des locataires », conclut Anne-Sophie Mouillé. « Cela viendra alimenter notre réflexion sur la meilleure manière d’aborder cette question majeure avec nos publics les plus précaires. Nous voulons trouver la méthodologie adaptée à notre patrimoine et au fonctionnement de nos agences de terrain ».
Grand Paris Habitat, le GIE francilien du groupe CDC Habitat, dédié au développement, à la maîtrise d’ouvrage et à la rénovation urbaine, a choisi de se mobiliser en faveur de l’émergence d’une filière bois francilienne forte en rejoignant Francîlbois l’interprofession Forêt-Bois d’Île-de-France. Grand Paris Habitat souhaite partager cette démarche avec l’ensemble de ses 13 bailleurs adhérents dans le cadre de « GPH Académie », en vue de lancer une vingtaine de projets bois dans les prochaines années.
C’est l’un des matériaux les plus nobles et les plus anciens. C’est aussi l’un des plus performants sur les plans environnemental, technique et sanitaire.
Depuis quelques années, le bois fait un retour en force dans le domaine de la construction, soutenu par des architectes, des promoteurs et surtout les bailleurs sociaux qui ont été parmi les premiers à lancer des projets ambitieux en la matière. Comme l’explique Alexandra Rossi, directrice de l’ingénierie territoriale et des partenariats chez Grand Paris Habitat, « nous souhaitons nous engager dans une démarche de développement et de construction durables.
A l’échelle du groupe CDC Habitat, nous avons déjà mené plusieurs projets en bois qui nous ont permis de vérifier sur le terrain la pertinence de ce matériau, notamment en matière de maîtrise des coûts en phase de construction, comme de maintenance ».
Un projet exemplaire
C’est à Montreuil (93) que le 1er projet « tout bois » réalisé par Grand Paris Habitat pour le compte de CDC Habitat social a vu le jour en 2016. Labellisée Passivhaus, la résidence Girard est un des plus hauts immeubles à ossature bois d’Europe (R+6) et un véritable modèle de sobriété, notamment énergétique, puisque l’isolation et les équipements mis en place permettent de chauffer l’ensemble des 17 logements sociaux avec une simple chaudière de maison individuelle.
« Ce projet nous a permis de prouver qu’en favorisant les matériaux biosourcés, on peut atteindre des performances excellentes – même sans recourir aux énergies renouvelables », souligne Jacques Drieu La Rochelle, directeur de programmes chez Grand Paris Habitat. « Bien sûr, l’utilisation au quotidien d’une telle construction est particulière et il est nécessaire d’accompagner et de former les locataires pour les aider à mieux maîtriser leur logement. Mais les bénéfices en termes d’exploitation sont réels ».

Une filière à structurer
Si l’enthousiasme est là, la construction bois demande néanmoins des moyens de production, des entreprises spécialisées et plus globalement des réseaux qui restent à consolider et développer pour espérer un développement rapide et pérenne, à grande échelle. C’est pour cette raison que Grand Paris Habitat a choisi d’adhérer en 2020 à Francîlbois, l’interprofession Forêt-Bois d’Île-de-France qui se mobilise depuis 2004 pour l’émergence d’une filière bois forte et structurée au niveau francilien.
« Pour grandir, la filière a besoin de l’engagement plein des bailleurs sociaux », reprend Alexandra Rossi. « Avec un parc de près de 350 000 logements et de nombreux projets à venir, en réhabilitation comme en construction, les adhérents de Grand Paris Habitat ont un vrai rôle à jouer pour l’émergence du bois comme une solution de construction pérenne ».
Le bois devait d’ailleurs être le sujet de la session de « GPH Académie » du 27 mars dernier, annulée en raison du confinement et de la crise sanitaire actuelle. Cette « académie » d’un nouveau genre, lancée début 2020, vise en effet à mutualiser les expertises et les expériences au sein de Grand Paris Habitat autour de thématiques qui mobilisent les adhérents.
« L’objectif de cette démarche est d’échanger des bonnes pratiques mais aussi de faire émerger des livrables et des plans d’actions opérationnels communs », explique Christophe Chanu, membre du directoire et directeur de la maîtrise d’ouvrage de Grand Paris Habitat. « Le bois s’est d’ailleurs très vite imposé comme un sujet d’intérêt pour l’ensemble des adhérents du GIE ».
Si la session a dû être reportée vu les circonstances actuelles, Grand Paris Habitat ne perd pas de vue ses objectifs, notamment la mise en place d’un cahier des charges « bois » partagé entre ses adhérents et le lancement de 10 à 20 projets – en construction neuve ou en réhabilitation – d’ici à 2025. Quant à la signature de la Charte Construction Bois Biosourcés par Francîlbois, elle n’est elle aussi que partie remise.
Plus d’information sur Francîlbois : http://www.francilbois.fr/
