« Les biodéchets des locataires ont une grande valeur ! »

« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme », le dicton est devenu une réalité pour les locataires de nos ensembles résidentiels situés dans le quartier Saint-Blaise-Charonne, Paris 20ème. De la collecte des biodéchets jusqu’à la création d’une ferme urbaine en passant par la transformation et revente de compost : c’est un vrai modèle économique pour le traitement des déchets alimentaires qui voit le jour. Une production en circuit court, local qui repose sur du bon sens (paysan) et une envie d’innover au service de l’emploi et de l’environnement. Eclairage avec Isabelle Cosyns, responsable du développement social urbain, à l’occasion de la publication du référentiel « Economie circulaire » de l’USH.

Quels sont les enjeux de ce projet ?

IC : La Loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire (dite loi AGEC) prévoit qu’au plus tard le 31/12/2023, chaque citoyen devra disposer d’une solution pour trier ses déchets alimentaires et de jardin séparément. Ces biodéchets feront l’objet d’une collecte sélective, et le développement de filières pour les débouchées de la valorisation organique de ces déchets se met peu à peu en place. Actuellement incinérés, et étant ainsi à l’origine d’émissions de gaz à effet de serre, ils représentent un tiers de nos ordures ménagères. C’est un véritable gâchis car ce sont autant de ressources importantes en matière, en énergie et qui peuvent être une éventuelle source de revenus, qui partent en fumée. Nous avons voulu faire de cette contrainte réglementaire une opportunité en menant un projet expérimental prenant en charge toute la vie du biodéchet : de la collecte à l’assiette, en incluant le traitement sur site ! Nous sommes dans un circuit très court.

Quels impacts positifs créés ?

C’est une expérimentation de développement social, économique et environnemental de proximité menée de front par un consortium de partenaires locaux très impliqués : La régie de quartier Saint- Blaise, l’adreprima, Agro paris tech, Up Cycle, l’amicale des locataires, notre personnel de proximité…

Nous développons à travers ce projet un nouveau modèle économique et social créateur de valeurs et promouvant de nouvelles formes d’interactions sociales au sein d’un quartier.

Les biodéchets collectés sont transformés dans un composteur électromécanique, situé dans la cour intérieure de notre résidence des Orteaux. Il est capable de traiter 580 kilos à une tonne de biodéchets par semaine, soit l’équivalent de 300 foyers. Pour le moment, ce sont une soixantaine de locataires qui joue le jeu en déposant leurs déchets alimentaires dans des point d’apports spécifiques. C’est un vrai changement d’usages que 2 habitants recrutés en insertion par la régie de quartier se chargent d’accompagner. CDC Habitat est également en cours de recrutement de 2 personnes en service civique, afin de renforcer la mission de sensibilisation des locataires à cette démarche. Les habitants participants se voient remettre gracieusement du compost pour leur utilisation personnelle s’ils le souhaitent.

Créer de l’emploi est une réelle motivation mais quand il est pérenne, c’est encore mieux. C’est pourquoi, il y a une véritable réflexion qui est engagée autour du business model de ce projet de la part de la régie de quartier et de CDC Habitat. L’objectif est de rendre ce dispositif autonome grâce à la revente du compost produit dans nos résidences aux fleuristes et aux jardins partagés du quartier par exemple. Surtout, il sera réutilisé dans la micro ferme urbaine qui est en train de se mettre en place dans un local commercial. Au programme : pleurotes, endives et micro-pousses qui seront ensuite vendus aux habitants et aux restaurateurs du quartier.

Quelles sont les perspectives pour cette expérimentation ?

La municipalité s’intéresse fortement à ce projet global, incluant collecte, traitement et débouchés des biodéchets. Elle a manifesté son intérêt pour créer des synergies avec certaines de leurs expérimentations de ce type. Les autres bailleurs du quartier s’y intéressent également. Face à ce succès, le projet prend une nouvelle envergure hors les murs de nos ensembles résidentiels des Orteaux et de Saint-Blaise, avec de nouveaux points d’apports volontaires de collecte qui vont être installés dans les espaces publics du quartier. Plus les habitants adhèreront à la démarche et plus le projet deviendra rentable et pérenne, au bénéfice de l’environnement, du lien social et de l’activité économique locale.