Le béton de chanvre : vous connaissez ?

Isolant biosourcé d’origine végétale, le béton de chanvre est de plus en plus utilisé dans le bâtiment en remplacement des matériaux traditionnels d’origine minérale et synthétique. Briefing sur un éco-matériau qui multiplie les performances, et sur une expérimentation innovante de Maisons & Cités dans les Hauts-de-France.

Qu’est-ce que c’est et à quoi ça sert ?

Le béton de chanvre est composé de chènevotte – en quelque sorte la « moelle » de la tige de chanvre, appelée aussi « paille de chanvre » –, de chaux et d’eau. Il n’a donc rien à voir avec le béton, mais il est lui aussi un assemblage de granulats et d’un liant, qui peut être utilisé de la même manière, en construction ou rénovation, soit moulé, soit coulé ou versé dans un coffrage, soit projeté !

C’est un isolant naturel, biosourcé, que l’on appose en rénovation à l’intérieur des bâtiments, sous forme de blocs, de panneaux préfabriqués, ou en projection sur les parois.

C’est le matériau retenu par le bailleur social Maisons & Cités pour une expérimentation grandeur nature de réhabilitation d’un parc de logements miniers des Hauts-de-France, à Pecquencourt.

Quels sont ses atouts par rapport à un isolant traditionnel ?

Par rapport aux isolants les plus utilisés comme la laine de verre, peu coûteuse mais issue d’ingrédients faiblement renouvelables (le sable et le verre) et d’un processus de fusion consommateur d’énergie, ses atouts sont avant tout écologiques. Le chanvre est 100 % renouvelable, biodégradable, sa culture consomme peu de ressources et n’appauvrit pas les sols puisqu’elle ne nécessite ni eau ni pesticide. Elle est même source d’enrichissement pour la terre. Sa transformation en granulats est purement mécanique, utilise peu d’énergie et émet peu de CO2. Et encore mieux : le chanvre est un absorbeur de carbone, comme les forêts !

Il a aussi beaucoup d’atouts en matière de performance d’isolation et de confort pour les résidents, puisqu’on parle même pour lui de « performances hygrothermiques exceptionnelles ». Les tests menés par Maisons & Cités montrent notamment que son assimilation de la vapeur d’eau est bien plus élevée que les autres isolants : il laisse respirer les murs et c’est un très bon régulateur d’humidité (ce qui s’avère particulièrement intéressant dans une région comme les Hauts-de-France, et pour la réhabilitation de logements en briques, relativement poreuses). Il a aussi des qualités d’isolation acoustique, grâce à sa structure « caverneuse ».

En termes de qualité de l’air intérieur, puisqu’il est cultivé sans intrants chimiques, il fait partie des matériaux qui n’émettent pas de composants organiques volatiles (COV) potentiellement toxiques.

Enfin, d’un point de vue pratique pour les professionnels du bâtiment : il est léger (6 fois plus que le « vrai » béton), fluide et utilisable sous plusieurs formes selon les caractéristiques du chantier concerné.

Évolution comparée de la température d’une chambre isolée en laine de verre (courbe rouge) et d’une chambre isolée en béton de chanvre (courbe bleue), sur 10 jours, en hiver. NB : les consignes de température programmées par les résidents n’étant pas homogènes (ni contrôlables), on s’intéresse ici à la stabilité des courbes et non aux niveaux constatés des températures.

Qui l’utilise aujourd’hui ?

Même si la France est le premier producteur de chanvre en Europe, avec une concentration forte dans le département de l’Aube, l’usage du béton de chanvre se développe mais n’est pas encore très répandu. L’expérimentation de Maisons & Cités à Pecquencourt fait donc figure de pionnière, et son dimensionnement ambitieux pourrait bien changer la donne pour ce matériau innovant. Elle est conduite en 4 phases :

• En 2015, rénovation de la Maison de l’ingénieur et premiers tests de plusieurs éco-matériaux

• De 2017 à 2020, réhabilitation de 3 lots de 2 logements miniers, toujours avec plusieurs éco-matériaux, puis choix du béton de chanvre pour l’isolation dans la poursuite du programme

• De 2021 à 2024, réhabilitation de 50 logements (20 en blocs de béton de chanvre et 30 en projeté) et poursuite des mesures de performances comparatives du matériau, toujours avec le soutien financier des Pouvoirs publics et l’accompagnement technique de CD2E, une équipe d’experts du bâtiment durable

• Dès 2023, début du déploiement avec 65 logements complémentaires isolés à Pecquencourt, 135 autres dans les communes alentour, puis une moyenne de 1 000 logements rénovés par an.

Et demain, est-ce que son usage promet de se développer ?

Oui, et c’est tout l’intérêt de l’action de Maisons & Cités. En parallèle de l’expérimentation technique, le bailleur travaille activement à la constitution d’une filière de production et d’utilisation du chanvre dans les Hauts-de-France, depuis la culture de la plante jusqu’à la création de formations et d’outils dédiés aux professionnels du bâtiment. Pourquoi ? afin de favoriser le développement local, de sécuriser l’approvisionnement pour de futurs chantiers et, surtout, de réduire considérablement les coûts en réussissant à « massifier » la production et l’usage du béton de chanvre.

À l’issue de la dernière phase d’expérimentation à Pecquencourt, et selon les résultats obtenus sur le développement de la filière, Maisons & Cités décidera de la poursuite de l’opération sur 1 000 à 2 000 logements dans les cinq prochaines années, des recherches sur d’autres produits innovants à base de chanvre et de l’intégration du béton de chanvre dans les projets de construction neuve.


Sources

Rencontre avec Franck Mac Farlane, responsable Recherche et Expertise chez Maisons & Cités, novembre 2022

Dossier de presse du Programme Hauts de chanvre édité par Maisons & Cités en novembre 201

Données de la filière chanvre en France : interchanvre.org

Atouts du béton de chanvre : Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement de Seine et Marne, caue77.fr