CDC Habitat expérimente la cohabitation solidaire avec Camarage

L’agence de Grenoble a mis en place un partenariat avec la start-up Camarage afin d’organiser des cohabitations solidaires entre certains de ses locataires de plus de 60 ans et des jeunes ayant des difficultés pour se loger dans la région.

Afin de lutter contre l’isolement des seniors et faciliter l’accès au logement à des jeunes de plus en plus précarisés, la loi ÉLAN du 23 novembre 2018 a fixé un cadre juridique à la notion de « cohabitation intergénérationnelle solidaire ». Concrètement, celle-ci permet à des seniors locataires du parc social d’accueillir des jeunes en l’échange d’un loyer réduit et/ou de quelques heures de services. En Auvergne-Rhône-Alpes, CDC Habitat a choisi d’expérimenter le dispositif en s’appuyant sur la start-up Camarage.

« Ce qui nous a séduit dans cette approche, c’est à la fois de pouvoir rompre la solitude d’une partie de nos locataires âgés qui habitent souvent dans des logements devenus trop grands pour eux suite au départ des enfants, tout en répondant aux besoins d’un certain public jeune – notamment des étudiants ou des alternants », explique Anne-Françoise Hyvrard, Directrice de l’agence CDC Habitat de Grenoble où les premières expérimentations ont lieu. « Pour autant, nous savons qu’il ne suffit pas de réunir un jeune et un senior ensemble pour que la greffe prenne. C’est pourquoi nous avons noué un partenariat avec Camarage pour accompagner le déploiement du dispositif sur notre patrimoine ».

Le numérique au service de l’humain

Créée par 2 frères épaulés d’un ami ingénieur informatique, Camarage (un nom qui signifie à la fois « camaraderie entre les âges » et amarrage chez un senior le temps des études) est née d’une idée simple : faire se rencontrer des gens et des besoins. « Aujourd’hui, les jeunes consacrent près de 70% de leur budget à leur logement et pourtant ils sont sous-représentés dans le parc social puisqu’ils ne représentent que 6% des locataires », explique Yoan Lévy, fondateur de la start-up. « Nous avons donc cherché à mettre en relation des seniors qui vivent seuls dans des logements sous-occupés, avec des jeunes ayant peu de moyens ».

Concrètement, Camarage met le numérique au service de la cohabitation intergénérationnelle, via une plateforme où peuvent s’inscrire jeunes en recherche d’appartement et seniors ayant une chambre à pourvoir. Mais là où la start-up se démarque, c’est dans son accompagnement à chaque étape – à l’opposé d’autres acteurs du secteur. « Qu’ils s’inscrivent en ligne ou par téléphone, nous nous entretenons individuellement avec les jeunes comme avec les seniors pour bien cerner leurs besoins et leurs attentes, les contreparties espérées par les uns et l’implication envisagée par les autres », reprend Yoan Lévy. « L’idée est de s’assurer qu’il n’y a pas de décalage entre les futurs cohabitants, et de voir si l’alchimie peut prendre ».

Des premières cohabitations réussies

Pour faciliter ce « profiling », la connaissance des publics des bailleurs sociaux est évidemment nécessaire, et Camarage a donc accompagné l’agence de Grenoble de CDC Habitat dans le ciblage des locataires seniors ayant une chambre libre, dans une zone d’intérêt pour les jeunes, afin d’identifier ceux qui seraient le plus à même d’être séduits par le dispositif. Des courriers ont été envoyés l’an dernier à 123 personnes, puis 6 volontaires ont été présélectionnées et 2 premières cohabitations mises en place avec succès. Une seconde campagne a été lancée au printemps 2022 auprès de 316 locataires.
« On sent bien que la démarche est nouvelle et que tout le monde n’est pas forcément prêt à ouvrir sa porte, surtout en période de pandémie », précise Anne-Françoise Hyvrard. « Mais ceux qui ont joué le jeu sont très satisfaits et le bouche-à-oreille commence à fonctionner, surtout que le système leur apporte à la fois une présence attentionnée, des services et un complément de retraite ». « Il y a un vrai travail d’acculturation à faire qui prend du temps, mais notre modèle de collaboration avec des bailleurs sociaux, des collectivités ou des caisses de retraites engagés porte vraiment ses fruits : une fois que les seniors ont goûté à la cohabitation et qu’ils ont appris à ouvrir leur porte, ils ne peuvent plus s’en passer », confirme Yoan Lévy. « Et pour les jeunes, notamment ceux qui arrivent dans une région qu’ils ne connaissent pas pour leurs études ou même pour un stage, et où il y a une vraie tension sur le marché du logement, c’est une solution abordable qui permet de créer un contact humain précieux ».

Pour en savoir plus : Camarage.fr