Accompagner les ménages solos : entretien avec Camille Duthy, sociologue

Camille Duthy est sociologue et spécialiste de la solitude résidentielle. Elle montre que la vie en solo peut désormais concerner tout le monde et qu’elle nécessite une offre de logements adaptés.
Pourquoi vous êtes-vous intéressée à la solitude résidentielle ?
En France, en 1975, un ménage sur cinq vivait seul. En 2017, c’est plus d’un sur trois. Et la tendance continue de s’accentuer même si on constate dernièrement un léger ralentissement. Aujourd’hui, tout le monde peut être amené à vivre seul à un moment de sa vie. Je voulais appréhender la complexité de la mono-résidentialité, à la fois d’un point de vue pratique tout en en décrivant les aspects sensibles, particulièrement les versants négatifs et positifs.
Quelles sont justement les conséquences de la mono-résidentialité sur la vie des personnes concernées ?
Vivre seul peut apporter des satisfactions (pouvoir s’organiser librement, s’approprier son domicile) mais cela a aussi ses limites. Si l’on veut avoir du lien social, il faut faire l’effort de sortir, d’aller vers les autres. On peut recevoir chez soi mais cela nécessite d’être dans une posture sociale de convivialité. Il n’y a pas de relâchement, comme quand on vit avec d’autres personnes qui sont familières. Ensuite, d’un point de vue matériel, il faut assumer seul les coûts du logement. Cela a nécessairement un impact sur le pouvoir d’achat et mène dans certains cas à une précarisation des personnes. Il peut y avoir une fatigue mentale de devoir tout gérer seul. Et les conditions de logement sont dégradées du seul fait qu’il est difficile de trouver de petits logements à prix abordables.
Faut-il donc augmenter le nombre de logements sociaux pour les personnes seules ?
Les petits logements représentent 25 % du parc locatif social alors que près de la moitié des demandes HLM émanent de personnes seules[1]. Il faut donc construire plus de logements sociaux adaptés en taille et en niveau de loyer. Une autre solution mérite d’être développée, ce sont les habitats partagés qui permettent aux personnes de vivre seules tout en ayant des moments d’interaction sociale. C’est tout le sens de la démarche du groupe CDC Habitat avec le collectif Soli Logis (voir page x). Mais la solitude est bien plus qu’un sujet de politique du logement. Elle est une problématique de santé publique dont il va falloir s’emparer collectivement dans les années à venir.
« Il faut construire plus de logements sociaux adaptés en taille et donc en niveau de loyer. »
Camille Duthy, sociologue
Retrouvez cette interview et plus d’articles dédiés aux diverses formes d’habitat dans le rapport annuel 2025 de CDC Habitat.
[1] Source : Rapport annuel de la Fondation pour les mal logés 2020 : L’état du mal-logement en France/ Premier cahier : seul face au mal-logement.