CDC Habitat, l’AORIF et la Fédération Nationale Solidarité Femmes travaillent de concert pour améliorer la prise en charge des femmes victimes de violences en Île-de-France, en mettant notamment à disposition des logements via une plateforme dédiée.

Cécile Le Roux

En France, une femme meurt sous les coups de son compagnon ou ex-compagnon tous les 2 jours. Ces chiffres, dont la stabilité d’une année sur l’autre est glaçante, ne sont pourtant que la partie émergée de l’iceberg des violences faites aux femmes. Les données consolidées année après année par le 3919, la plateforme d’appel dédiée aux victimes, soulignent une nette augmentation des signalements depuis 2019 – et encore plus depuis la crise du Covid. « Tous les bailleurs sont concernés par des situations de violences conjugales au sein de leur patrimoine », explique Cécile Le Roux, responsable du Pôle Action Sociale Île-de-France chez CDC Habitat. « Face à ce phénomène, les réponses n’ont pas toujours été très adaptées, d’où la décision prise par CDC Habitat depuis quelques années de faire monter en compétences ses collaborateurs sur le sujet ».

Des formations pour mieux orienter les victimes

En 2023, l’ensemble des conseillères sociales de CDC Habitat mais aussi les agents du recouvrement contentieux présents et les directeurs adjoints d’agence ont été formés afin de leur donner les clefs pour mieux écouter, informer et orienter les personnes qui en font la demande – mais aussi mieux identifier les signes. « L’idée était aussi de remettre notre rôle de bailleur à sa juste place, en rappelant que la priorité est de faire le lien avec les associations spécialisées qui savent mieux que nous comment intervenir », reprend Cécile Le Roux. Les chargés de clientèle franciliens vont également bénéficier en 2024 de cette formation qui mélange données théoriques et ateliers adaptés à leurs pratiques professionnelles.

Une plateforme pour faciliter le relogement

Parallèlement, CDC Habitat, en tant que membre de l’AORIF, est partenaire de la convention signée entre ce dernier, la Fédération nationale solidarité femmes (FNSF) et son Union régionale Ile-de-France. Celle-ci vise notamment à mobiliser une centaine de logements par an tous bailleurs confondus pour permettre le relogement de femmes victimes de violence en Île-de-France. Les logements sont mis à disposition des associations d’aide via la plateforme de la FNSF mais aussi parfois en direct. CDC Habitat propose ainsi en intermédiation locative plusieurs logements à des associations afin qu’elles les louent à des personnes dans le besoin. Plus d’une trentaine de baux ont déjà été signés via les différents canaux – un chiffre appelé à augmenter dans les prochains mois.

Témoignage

« Il faut co-construire les réponses entre les collectivités, les bailleurs et les associations ». Sarah Laffon, responsable du pôle innovation sociale, et Carla Lecointre, chargée de projet gestion sociale et attributions à l’AORIF

« En 2022, plus de 14 000 demandes de logements en Île-de-France mentionnaient les violences familiales comme critère – pour au final 3% des logements attribués au total. La convention mise en place par l’AORIF fixe un objectif symbolique de 100 logements à mobiliser chaque année, mais notre but est surtout de sensibiliser plus largement nos adhérents et de renforcer le travail avec les collectivités et les associations de terrain. Les offres sont centralisées sur la plateforme de la FNSF, ce qui permet aux associations d’identifier les biens qui pourraient correspondre aux besoins des personnes qu’elles suivent. Nous organisons aussi des webinaires et coordonnons la mise en place de formations pour les équipes de terrain réalisées par les associations de la FNSF. Nous travaillons enfin sur un kit de communication à destination de nos adhérents à paraître dans l’année ».

« L’habitat partagé et accompagné pour personnes âgées suscite un intérêt croissant de la part des élus »

Des petites unités de vie de huit à dix personnes, au cœur des villes, accompagnées par des aidants professionnels…Domani, partenaire de CDC Habitat, a créé une alternative aux Ehpad qui répond aux aspirations profondes de nos aînés. Un modèle qui a le vent en poupe, comme l’explique Oscar Lustin, cofondateur de l’entreprise agréée Entreprise Solidaire d’Utilité Sociale, avec Jean de Miramon.

Oscar Lustin

Comment est né le projet Domani ?

Nous avons cofondé Domani en 2020 avec Jean de Miramon, après avoir travaillé dans l’hébergement d’urgence et l’investissement à impact.
Domani est née du souhait de proposer aux personnes âgées une alternative au maintien à domicile, à l’Ehpad et aux résidences seniors.

En quoi consiste cette alternative ?

Quand on interroge les personnes âgées, on s’aperçoit qu’elles souhaitent toutes majoritairement la même chose : rester chez elles, sans être seules. Nous avons donc conçu un modèle d’habitat partagé de type « familial », avec des petits lieux de vie pour 8 à 10 habitants qui bénéficient à la fois d’un espace privatif et d’espaces partagés, et d’un accompagnement adapté à leurs souhaits et à leurs besoins.

Quels sont les avantages, par rapport aux résidences seniors ?

Pour ceux qui connaissent un début de perte d’autonomie, Domani est une solution intéressante, pour une raison de taille. Une résidence seniors compte en général 80 à 100 personnes. Le restaurant est loin des chambres, il n’est pas facile de le rejoindre quand la mobilité est restreinte et qu’on se déplace en déambulateur. Domani correspond à un « entre deux » : des personnes qui ne sont pas autonomes à 100 %, mais qui ne sont pas non plus dépendantes au point de devoir rejoindre un Ehpad. La moyenne d’âge de nos habitants est de 88 ans. Certains sont d’ailleurs passés par une résidence seniors avant rejoindre l’habitat partagé Domani.

Comment vit-on dans une structure Domani ? Pourriez-vous décrire le quotidien des habitants ?

Chaque habitant dispose d’un espace privatif d’environ 30 m² avec chambre et salle de bain pour mettre ses meubles, recevoir sa famille… et en même temps d’espaces communs où il peut préparer et partager des repas. Les personnes âgées sont accompagnées par des professionnels aidants salariés de Domani, soit deux équivalents temps plein. C’est très sécurisant pour les habitants : ils sont équipés de bracelets en cas d’urgence et bénéficient d’une présence 24 h sur 24, grâce à un système d’astreinte. En moins de deux minutes, si besoin, ils peuvent être accompagnés.
C’est aussi un mode de vie très convivial où les personnes âgées restent maîtres de leurs désirs, de leurs envies. C’est d’ailleurs quelque chose qui surprend au départ les habitants.

C’est à dire ?

Dans un habitat partagé Domani, on vit vraiment avec les autres habitants, comme dans une colocation . Pour la nourriture, un système de livraison a été mis en place. Mais les habitants, s’ils le souhaitent, ont toujours la possibilité d’aller au marché pour choisir eux-mêmes leurs légumes. Pour les repas, chacun aide comme il peut et comme il veut. Ceux qui sont fatigués donnent leurs recettes, les autres sont au fourneau. Une fois par mois, on réalise le rêve de quelqu’un. C’est ainsi qu’un groupe de colocataires s’est retrouvé dans le bassin d’Arcachon pour manger des huîtres.
Cette ambiance quasi familiale est favorisée par le management assez innovant que nous avons mis en place pour les aidants. Il n’y a pas de hiérarchie, l’équipe est totalement autonome et fonctionne grâce à une boucle Whatsapp. Cela plaît beaucoup aux aidants et contribue sans doute à la réussite de ces petites unités de vie.

L’autre intérêt de Domani est la situation de cet habitat partagé, au cœur de la cité ?

Qui dit « habitat inclusif » dit en effet cœur de la cité. L’idéal type, c’est d’être sur la place du marché, au pied de l’église, et non pas en « troisième couronne ». Pas question de créer des « ghettos de vieux »! A Mimizan, par exemple, une unité que nous avons inauguré avec CDC Habitat en janvier 2023, nous sommes à deux pas de la promenade de bord de mer, en face du marché. Et ceci, dans un bâtiment qui accueille des logements « classiques », ou des colocations étudiantes dans certains cas, pour une réelle mixité générationnelle.

Ces petites structures correspondent clairement à un chaînon manquant entre l’Ehpad et le maintien à domicile, pourquoi ne sont-elles pas nées avant ?

Ce modèle d’habitat existait déjà, tout d’abord au Danemark et au Royaume-Uni, au Canada. Nous nous sommes d’ailleurs inspirés de ces expériences pour monter notre projet. En France, l’intérêt pour ces formules est venu plus tard. En 2018, la loi Elan a donné un cadre légal à l’habitat inclusif pour les personnes handicapées et les personnes âgées. Avant cette loi, les agences régionales de santé étaient en droit de fermer ces structures. Le rapport remis à l’été 2020 par Denis Piveteau et Jacques Wolfrom a joué aussi un rôle important en préconisant l’arrêt de construction des Ehpad et la construction de 150 000 places en habitat partagé à l’horizon 2020… Nous en sommes encore loin, avec 5 000 places aujourd’hui, mais la tendance est là. Les Ehpad vont de plus en plus se spécialiser dans la très grande dépendance et les autorisations de construction d’Ehpad se feront de plus en plus rares.

Quel est le coût d’une colocation chez Domani, par rapport à l’hébergement en Ehpad ?

A niveau de services équivalent, Domani coûte environ 20 % moins cher qu’un hébergement en Ehpad.

Où en êtes-vous dans votre développement et quel type de partenariat avez-vous noué avec CDC Habitat ?

Nous avons inauguré une première unité à Pessac, en 2021, puis une deuxième avec CDC Habitat au cœur de Mimizan Plage que j’ai déjà évoquée et nous avons actuellement cinq chantiers en cours. La Banque des Territoires a investi dans Domani dès son lancement et nous avons signé avec CDC Habitat un très beau partenariat pour 101 logements inclusifs d’ici 2024 répartis sur six communes en Nouvelle-Aquitaine et en Occitanie. Parallèlement, nous avons signé un protocole avec un « droit de premier ordre », c’est à dire que chaque fois que nous développons un projet, nous le proposons à CDC Habitat.
C’est un partenariat très fructueux, CDC Habitat nous accompagne dans le portage des murs et le développement territorial. Nous travaillons main dans la main avec ses directions interrégionales et allons voir les élus ensemble pour faire naître des projets associant du logement social, libre ou intermédiaire et un habitat partagé, pour assurer cette mixité intergénérationnelle que nous recherchons.

Constatez-vous un intérêt croissant des collectivités pour ce type d’habitat ?

Incontestablement, l’habitat inclusif intéresse de plus en plus d’élus. Ces derniers sont en première ligne et se posent beaucoup de questions sur le vieillissement de la population et le bien vieillir : qu’est-ce qu’on veut pour nos aînés ? Quelles solutions d’hébergement souhaite-t-on leur offrir ? Ils sont séduits par le côté innovation sociale de Domani et sont très rassurés par la présence d’un opérateur de l’habitat d’intérêt public de l’envergure de CDC Habitat. Ils n’ont pas envie de laisser ce sujet dans les mains d’opérateurs privés à 100 %.
La commune de Blagnac, par exemple, avait refusé des projets de résidences services seniors avant de choisir notre solution. Le maire de Saint-Denis-d’Oléron a contacté les équipes de la direction interrégionale Sud-Ouest de CDC Habitat parce qu’il était intéressé par cette alternative. De plus en plus de collectivités se tournent vers l’habitat inclusif et nous recevons beaucoup plus de sollicitations que nous ne l’avions imaginé. Passé le temps de la sidération, après les révélations du livre « Les fossoyeurs », les élus veulent passer à l’action et trouver des solutions concrètes.

Les maisons partagées : entre vie indépendante, logement accompagné et inclusion sociale

La Civelière, un lieu de vie pour des personnes devenues handicapées après un accident. Trois maisons partagées où chacun est autonome et où tous partagent une vie communautaire et active. François-Xavier Reneaume, membre bénévole du conseil d’administration et de la commission construction de l’association Simon de Cyrène[1], Pierrick Tigeot, architecte bénévole de l’association Thétis[2], Thierry Le Dauphin, directeur développement et maîtrise d’ouvrage CDC Habitat Grand Ouest, reviennent pour nous sur ce projet qu’ils ont bâti ensemble à Nantes…

Un jour de 2011, Pierrick Tigeot rencontre Laurent de Cherisey, directeur général de l’association Simon de Cyrène, venu présenter des maisons partagées. Celles-ci ont été créées pour rompre l’isolement des personnes touchées par le handicap, suite à un accident de la route ou un accident cérébral. Ces maisons ont comme objectif d’accompagner ces personnes dans un projet de vie où elles gagnent en autonomie.

Lors de leur échange, P. Tigeot se souvient soudain d’un bâtiment sans affectation, propriété de l’association Thétis qui pourrait être une belle opportunité pour développer un tel projet.

Mais un lieu ne suffit pas. Il faut aussi en écrire l’histoire… Alors un comité de pilotage se constitue pour imaginer un projet, un endroit où vivront, ensemble, des personnes valides (assistants de vie et volontaires en service civique) et des personnes en situation de handap.  

Neuf ans plus tard, la Civelière ouvre les portes de ses trois maisons qui ont la capacité d’accueillir vingt-quatre résidents et dix-huit accompagnants. Certains ont des difficultés d’expression, d’autres des difficultés motrices, des problèmes cognitifs, de mémoire… Autonomes et indépendants, ils partagent quotidiennement de nombreuses activités grâce à un GEM, un groupe d’entraide mutuelle[3].

« Le but premier de ce lieu de vie, c’est que chacun ne reste pas dans son logement. Le séjour et la cuisine sont des lieux de retrouvailles permanents, comme dans une maison. »  

François-Xavier Reneaume

Comment avez-vous initié et réalisé ce projet ?

François-Xavier Reneaume : Au départ, nous connaissions peu de choses sur les sujets du handicap. Nous nous sommes donc beaucoup appuyés sur l’expérience de l’association Simon de Cyrène. Cette expérience nous a démontré l’importance de constituer un groupe de réflexion avant même de démarrer le projet immobilier. Le principe de ce groupe est d’associer des personnes en situation de handicap mais aussi des personnes valides et autonomes, non concernées par le handicap dans leur environnement proche qu’il soit familial ou amical. L’enjeu de départ était donc de mieux se connaître et de passer du temps ensemble. L’aventure a commencé comme cela en partageant un après-midi convivial en louant un local pour l’occasion. Au début, nous n’étions pas très sûrs de la démarche. Mais très rapidement, ce groupe s’est agrandi pour devenir progressivement le GEM, le groupe d’Entraide Mutuelle, à l’origine du projet des Maisons Partagées de la Civelière.

Pierrick Tigeot : La Civelière est une ancienne pouponnière dont nous souhaitions conserver les bâtiments. Malheureusement, reconsidérer l’existant et le transformer coûte très cher, sans apporter de réponse satisfaisante. Nous les avons donc presque tous détruits, excepté un petit château classé au patrimoine historique, sur lequel nous avons greffé de nouveaux bâtiments dans l’objectif d’avoir un projet architectural cohérent et qualitatif.

FXD : Il était très important pour Simon de Cyrène de ne pas fonder un établissement médico-social classique avec des matériaux bas de gamme. Nous voulions du bois, des belles matières… La Civelière allait devenir le lieu de vie de personnes qui ont suffisamment souffert, et nous voulions leur donner le meilleur en termes de qualité de vie.

Sauf qu’il y avait un budget à respecter. C’est pourquoi nous avons recherché des mécènes, qui nous ont permis d’aménager les ouvertures en aluminium plutôt qu’en PVC, des rampes et des cuisines en bois. J’avoue que cela n’a pas simplifié le chantier pour CDC Habitat. Nous avons beaucoup travaillé ensemble pour respecter le budget fixé au départ, les contraintes techniques et la beauté du lieu.

FXD Il était important pour l’association Simon de Cyrène de proposer une architecture de qualité avec de belles prestations et des matériaux haut de gamme. Nous voulions du bois, des menuiseries alu… Nous ne voulions pas stigmatiser l’architecture à l’instar d’établissement médico sociaux que l’on peut connaître par ailleurs. Les personnes accueillies, qui ont suffisamment souffert, méritent le meilleur en terme de cadre de vie.  Cette exigence de qualité a un coût. C’est pourquoi nous avons recherché des mécènes pour nous apporter un soutien financier. Ce cahier des charges n’était pas simple mais a bien été intégré par CDC Habitat à qui nous avons confié le projet de construction. Nous avons beaucoup travaillé ensemble pour répondre à toutes les exigences tout en respectant les contraintes financières et techniques et la bonne intégration dans un cadre paysager arboré.

« La Civelière se trouve à proximité des transports en commun qui permettent aussi aux personnes en fauteuil de filer vers le centre ville, et elles y vont ! » 

Pierrick Tigeot 

Thierry Le Dauphin : En tant qu’opérateur en charge de la construction, nous avons eu à cœur de participer à ce projet et de le rendre possible malgré sa complexité et ses fortes attentes. CDC Habitat a l’habitude d’accompagner des associations pour mener à bien leur projet immobilier. Cela représente un investissement certain, financier certes mais avant tout humain. Nos équipes ont été très mobilisées et sont adaptées dans cette conduite de projet peu commune avec beaucoup de concertation. Cela a été un travail très enrichissant.

Nous avions effectivement toujours cette épée de Damoclès du bilan économique de l’opération, avec des choix techniques et des enveloppes financières à respecter. Mais nous avons réussi à nous adapter et à être créatifs pour intégrer un certain nombre de besoins et de souhaits de l’association, car notre objectif était commun : réussir ce projet d’habitat inclusif. 

FXR : Le bâtiment et les espaces intérieurs doivent respecter strictement les règles d’accessibilité handicapée. C’est une obligation. En parallèle, nous avions une certaine liberté sur la façon d’organiser les espaces et le mobilier en fonction des usages attendus et du niveau de handicap des personnes. Cette conception personnalisée a été enrichie par la présence dans le Groupe GEM d’une personne en situation d’handicap (appelée Compagnon). Cet homme a pu en effet partager son expérience de professionnel du bâtiment, profession qu’il exerçait avant son accident et la survenue de son handicap.

Par exemple, chaque maison possède une salle commune avec une cuisine et son plan de travail qui doit convenir aux personnes debout et en fauteuil. Nous avons donc réalisé des plans de travail différenciés. Certains peuvent ouvrir les portes, d’autres ne peuvent pas se servir de leurs mains : pour eux, les portes communes ont été automatisées. De la même manière, certains logements sont très adaptés et d’autres proposent des équipements moins lourds. 

TLD : Les espaces sont bien dimensionnés. La lumière naturelle rend les déplacements agréables. Chaque maison comprend plusieurs logements et se démarque par le traitement de ses propres espaces communs. Mais il est possible de circuler entre les maisons de manière très aisée par des circulations internes très bien pensées. Nous avons également été attentifs dès le départ à l’utilisation de certains systèmes domotisés qui peuvent être assez complexes. Il a fallu au départ accompagner les résidents pour leur utilisation. Certains ont eu besoin d’un peu de temps pour se les approprier.

PYT : En fait, c’était une aventure un peu folle ! C’était un peu compliqué au début, et puis chacun a fait appel à des amis et nous nous sommes rapidement retrouvés une trentaine, chacun avec ses compétences et sa bonne volonté. Il y a eu une forte dynamique et tout le monde était dans l’envie de réussir, les enjeux étaient trop importants. Le résultat est là, les lieux et les matériaux sont beaux, c’est précieux pour l’ambiance. D’ailleurs, ce groupe continue d’agir parce que c’est enrichissant et finalement très concret et utile.

« Développer un tel projet nécessite d’être plus créatif que pour un bâtiment classique
car les contraintes sont bien plus importantes. »

Thierry Le Dauphin

Quelle est la vie au quotidien pour les résidents ?

FXR : Les personnes en situation de handicap sont bien intégrées et ont des activités partagées avec l’ensemble des résidents. Elles ont des loisirs : sport, musique, arts/peinture. Certaines d’entre elles exercent une activité professionnelle. Elles vivaient auparavant au sein de centres médico sociaux où les possibilités de vivre en plus grande autonomie étaient restreintes en raison des services d’accompagnement et d’assistance très présents.

Cela ne se passe pas ainsi à la Civelière. Au sein des maisons partagées, tout est pensé pour que ces personnes fassent elles-mêmes sans difficulté majeure. La semaine dernière, je déjeunais avec eux et tout d’un coup, j’ai vu une assiette voler parce que celui qui mettait le couvert ne maîtrisait pas ses mains. Chacun fait comme il peut avec ses moyens. Et quand il ne peut vraiment pas, nous l’aidons. 

Chaque maison a son responsable de maison, une personne valide dont le rôle est très important. Ici, ce sont trois femmes, qui coordonnent ainsi la vie des maisons et les responsabilités de chacun des résidents. Elles ajustent les besoins de prise en charge, elles sont très sollicitées, et elles sont soutenues et aidées par les assistants et les services civiques. Certains vivent sur place, d’autres à l’extérieur. C’est d’ailleurs assez amusant car ce sont les habitants handicapés qui donnent l’impulsion et forment les assistants, puisque de nouveaux arrivent tous les six mois, notamment dans le cadre du service civique.

PYT : Au début du projet, des riverains ont menacé de faire un recours, ça s’est joué de peu. Ils nous demandaient de ne pas utiliser un passage, ils pensaient qu’il y aurait un trafic intense. C’est une ville paisible. Et puis la première chose que Jean-Luc Boulvert, le directeur, a instaurée, c’est de ne pas fermer les barrières pour que les gens du quartier puissent traverser le parc qui est assez joli. Certains se sont arrêtés prendre un café, maintenant ils viennent rendre régulièrement des services…

PYT : Lors de la conception du projet, des riverains ont menacé de faire un recours pour éviter que le projet ne sorte de terre. Ils craignaient en effet une augmentation du trafic et la condamnation du passage qu’ils utilisaient régulièrement. La première chose que Jean-Luc Boulvert, le directeur, a instaurée, c’est de ne pas fermer les barrières pour que les habitants du quartier puissent continuer à traverser le parc qui est assez joli. A cette occasion, certains se sont arrêtés prendre un café, maintenant ils viennent rendre régulièrement des services…

Comment est-il possible d’intégrer une maison partagée ?

PYT : Le projet est destiné aux personnes cérébrolésées, des personnes qui vivent avec un handicap survenu à la suite d’un accident de la route par exemple ou suite à une rupture vasculaire cérébrale. Ces personnes ne sont pas nées avec ce handicap et ont connu une vie « normale ». Soudainement, leur vie a pris un autre tournant. Les maisons partagées sont là pour les accueillir, les rendre autonomes et les rassurer, elles et leur famille.

FXR : Dans un premier temps, une commission spéciale examine les dossiers sur la base de multiples critères très pointus. Il y a ensuite une période d’essai d’une semaine qui, si elle est concluante, est prolongée d’une période d’adaptation de trois semaines. Enfin, si cela s’est bien passé, la personne intègre la maison. Il faut bien prendre conscience qu’il s’agit d’une vie communautaire, avec des femmes, des hommes, de 20 à 45 ans en moyenne et que chacun a son handicap et son caractère. Ce système fonctionne finalement très bien, puisque nul n’est encore parti !

Malheureusement, beaucoup de demandes ne sont pas satisfaites. Nous envisageons de construire une autre maison…

FXR : Il faut également préciser que l’état d’esprit de l’association et de ces lieux partagés, c’est la bienveillance. C’est assez remarquable. À nous d’en être les gardiens, de nous assurer que cette bienveillance continue…

PYT: Cela fait maintenant dix ans que je participe à ce projet. Et je vois des petits miracles au quotidien. Cela pourrait être explosif, monotone, désespérant. Évidemment, il faut souvent soutenir les habitants. Mais ils ont ce sentiment d’appartenance à une petite collectivité, il y a vraiment beaucoup d’énergie positive et de bienveillance.

La Civelière, c’est…

  • 24 logements pour des personnes en situation de handicap
  • 17 logements pour les personnes qui les accompagnent : assistants et responsables d’appartements
  • Répartis en trois maisons ou appartements de 13 ou 15 logements chacun
  • Chaque maisonnée possède une grande pièce commune avec salon, cuisine et coin repas

Ces pièces communes ouvrent sur une terrasse de plein pied et sur le parc.

Le loyer, la nourriture et le salaire du responsable de la maison sont à la charge des résidents. Ils peuvent les couvrir grâce à leurs allocations sociales et à la prestation de compensation du handicap (PCH) qu’ils sont tenus de mutualiser.


[1] L’association Simon de Cyrène crée et anime des maisons partagées entre personnes valides et personnes en situation de handicap suite à un accident grave. Dans ces lieux de vie communautaires, chacun dispose de son studio afin de pouvoir vivre chez soi sans être seul.  

[2] L’association Thétis accompagne et soutient financièrement les projets innovants qui permettront l’intégration des enfants et adolescents souffrant d’atteintes à leur intégrité physique ou mentale ou de handicap.

[3] Les groupes d’entraide mutuelles (GEM) sont des associations portées par et pour des usagers en santé mentale ; ils reposent sur le principe de pair-aidance. Souvent implantés au cœur de la ville, ils permettent de se retrouver, de s’entraider, d’organiser des activités visant au développement personnel, de passer des moments conviviaux, de créer des liens et de lutter contre l’isolement.

« Le but de l’accompagnement social,  c’est de faire avec la personne et non de faire à sa place » 

Florence Ferrere, conseillère en économie sociale et familiale à Lyon, Léa Mougeolle, chargée de développement social urbain à Bordeaux, et Laurie Pelagie, conseillère en économie sociale et familiale en Martinique, nous racontent comment elles aident les personnes en difficulté sociale et psychique à mieux vivre, dans leur vie et dans leur logement.  

Léa Mougeolle 

Chargée de développement social urbain et référente sûreté à la direction de la gestion locative de CDC Habitat Sud-Ouest 

Mon métier est de créer du lien social avec les locataires. Pour cela, il faut à la fois faire des diagnostics, développer des projets et répondre à leurs besoins. Je mets également en place des partenariats avec des structures sociales et médico-psychologiques dans le cadre d’un maillage partenarial. Et puis je peux aider ponctuellement des résidents lors d’un relogement si un bâtiment doit être détruit. C’est là que je peux être confrontée aux personnes en situation de handicap, physique et psychique. 

Laurie Pelagie 

Conseillère en économie sociale et familiale de la SIMAR,  
filiale martiniquaise de CDC Habitat   

Nous sommes trois conseillères sociales sur le territoire de la Martinique, reparties par agences : nord, centre et sud. Je suis chargée de l’agence nord et mon action principale est d’aider les familles en difficulté et en situation de précarité à se maintenir dans leur logement. Pour cela, je participe sur le plan social au recouvrement des impayés en identifiant les causes afin de mettre en œuvre les moyens appropriés. Aussi, j’assure un accompagnement social  personnalisé auprès des locataires qui présentent des difficultés… Notamment, des troubles de santé mentale.    

Florence Ferrere 

Conseillère en économie sociale et familiale de CDC Habitat Auvergne-Rhône-Alpes 

Je vais à la rencontre des locataires dont la situation est compliquée pour analyser comment les aider. Lorsque c’est nécessaire, je sollicite des partenariats externes. Je travaille donc à développer ces partenariats avec par exemple les Maisons de la Métropole[1], les conseils locaux de santé mentale[2]… Et puis je gère les troubles de voisinage. C’est bien souvent dans ce cadre-là que nous nous rendons compte des difficultés des personnes ayant des problèmes de santé mentale, psychiques et moteur.  

« Notre objectif est de garder le locataire dans son logement. De travailler avec lui, de le sécuriser et de l’accompagner au mieux pour lui permettre de limiter ses angoisses et de vivre paisiblement chez lui. »

Léa Mougeolle 

Pourquoi et comment intervenez-vous auprès des locataires ? 

FF : Le plus souvent, nous sommes avertis par le gardien de l’immeuble, par l’un des services de CDC Habitat ou par le courrier d’un voisin qui nous prévient qu’un habitant semble avoir un comportement inhabituel. À ce moment-là, nous lui rendons visite pour savoir comment il va, ce qu’il vit. S’il a de la famille, un curateur ou un tuteur, nous les rencontrons.  

Parfois, une situation nous arrive un peu comme un diamant brut… Nous ne savons pas comment l’aborder car nous ne voulons jamais brusquer la personne en difficulté. Le but est d’aller à son rythme, d’avancer avec elle. Alors, avec son accord, c’est toujours elle qui décide, nous mobilisons au maximum les partenaires… La situation est prise en charge de façon anonyme dans le cadre d’un maillage médico-social qui émet des avis et des priorités d’action. Puis nous proposons à la personne un accompagnement global. Si elle accepte, je prends rendez-vous avec le centre médico-psychologique[3] et les équipes sociales et de soin. Elle est ensuite hospitalisée ou soignée à domicile. 

Nous travaillons aussi avec Intermed, un réseau associatif composé de binômes, un infirmier et un psychiatre, qui vont chez les personnes en grande fragilité. Ils essaient de les amener vers des premiers soins ou de les inciter à les reprendre si elles ont cessé de les suivre. L’appui d’Intermed, avec son approche médicale, est très important pour compléter notre vision sociale. Nous échangeons très souvent avec eux, cela permet de faire bouger beaucoup de situations.  

LP : Une personne atteinte d’un trouble mental peut rester des années dans son logement sans qu’on ne la remarque.  Puis un jour, elle présente un comportement inhabituel. Cela peut se traduire, par exemple, par une attitude violente envers elle-même, ou envers ses voisins. Je suis informée par le gardien ou par le responsable d’antenne et c’est ainsi que je rentre en contact avec le locataire et/ou sa famille. Je le convoque ou je vais à son domicile, je me renseigne pour savoir s’il a déjà eu des difficultés et s’il est connu des partenaires sociaux.  

Souvent, il arrive que la personne soit en rupture de soins. Mon rôle est donc de l’accompagner en la mettant en relation avec les différents partenaires sociaux (centre médico-psychologique, centre communal d’action sociale, CAF, collectivité territoriale, etc.), pour qu’elle puisse retrouver son équilibre.  

Si la situation est plus complexe, nous missionnons l’ALS, l’association pour le logement social, sur la base d’une fiche de mission qui détaille nos attentes. L’ALS est une structure qui a été créée par la SIMAR et la Société martiniquaise d’HLM, qui mutualise les moyens humains et financiers dans l’accompagnement social et médico-psychologique. Accompagnée d’une équipe médicale, elle peut poser un diagnostic et proposer des solutions médicales adaptées. Si bien sûr la famille accepte, puisque c’est un contrat signé entre les deux parties. Son soutien, est très important car le domaine de la santé mentale est extrêmement délicat. Sa présence rend les relations beaucoup plus fluides. L’ALS nous tient toujours informés de l’évolution des situations et nous pouvons statuer sur la suite à donner grâce à des échanges réguliers, des réunions et des comptes rendus d’intervention.  

LM : De manière générale, un déménagement est générateur de stress. Alors accompagner le relogement d’un locataire en situation de handicap demande des échanges plus nombreux pour identifier ses besoins et limiter au maximum cette source d’angoisse. Le logement doit être adapté à des problématiques du handicap comme par exemple une douche plutôt qu’une baignoire, et il faut faire attention à l’environnement extérieur : transports en commun à proximité, largeur et état des trottoirs… Certaines choses peuvent nous sembler anodines, alors qu’elles sont de vraies contraintes pour la personne. J’ai suivi par exemple une dame polyhandicapée qui ne pouvait pas supporter le bruit de la VMC.  

Mon rôle est aussi de rappeler les démarches à réaliser en amont du déménagement (ouvertures des compteurs, assurance…), de m’assurer que tout est prêt le jour J, et ensuite que le locataire est bien relogé. 

« Parfois le voisinage nous demande d’intervenir vite, mais ce n’est pas possible. Tout se passe sur un temps extrêmement long, celui dont la personne a besoin pour avancer. Cela ne se fait pas en deux mois, plutôt sur un ou deux ans. »

Florence Ferrere

Quel est l’objectif d’un bailleur social quand il prend en charge ce type de problématiques ? 

LM : Notre objectif est de maintenir le locataire dans son logement et surtout qu’il s’y sente bien. De le sécuriser et de l’accompagner au mieux, pour lui permettre de limiter ses angoisses et de vivre paisiblement chez lui. Ce sont souvent des personnes isolées. Donc, nous essayons de recréer un lien pour qu’elles se sentent mieux et que tout se passe bien dans le logement. 

LP : C’est aussi une volonté de la SIMAR de vouloir aider au mieux les locataires à se maintenir dans leur logement. Ce sont des familles en difficulté sociale, des familles en détresse qui arrivent parfois dans l’urgence. Nous travaillons sur leur intégration dans les lieux et nous les suivons, quelle que soit leur situation. D’où nos différents partenariats, et la création de l’ALS pour accompagner au mieux les personnes notamment, ceux présentant des troubles mentaux. Ce qui est de plus en plus fréquent, sans doute dû aussi au fait que la population est vieillissante.  

FF : Je me souviens d’un homme qui est décédé aujourd’hui… J’étais la seule à qui il acceptait de parler, cela me touchait beaucoup… Il se sentait tout le temps persécuté. Il m’expliquait que des camions poubelles venaient à deux heures du matin pour rejeter des gaz dans son logement via les aérations. Il pensait que ses voisins avaient mis des caméras chez lui pour le surveiller. Un jour, je suis allée les voir pour savoir comment ça se passait, s’ils lui parlaient de temps en temps. En fait, il n’était connu de personne. Il vivait tranquillement, mais ça n’allait pas dans sa tête. Et c’était sans espoir, même avec des médicaments. Au départ, il parlait très bien, il était toujours en costume, sa maladie était plus ou moins stabilisée. Et puis je ne sais pas ce qui s’est passé dans sa vie, il a arrêté de prendre soin de lui. Ses soucis psychologiques lui pesaient beaucoup, il ne dormait plus, il maigrissait à vue d’œil. 

Du coup, notre objectif a été de nous assurer qu’il maintenait le lien avec l’équipe médicale et qu’il suivait son traitement, et de gérer parfois ses démarches administratives pour qu’il ne soit pas encore plus en difficulté.   

« Dès l’entrée dans les lieux si nous sentons une famille en difficulté, nous nous rapprochons d’elle pour savoir si elle a de la famille qui peut aussi l’entourer. »

Laure Pelagie

Vous êtes confrontées à des situations complexes : comment le vivez-vous ? 

LM : C’est quelquefois difficile humainement… Nous pouvons nous sentir démunis et quand je rentre le soir, j’y pense toujours… La pandémie a isolé encore plus ceux qui étaient déjà très seuls, ce qui a augmenté les problématiques de santé mentale. Nous avons appelé les personnes fragiles et les personnes âgées pendant le confinement, et nous avons vu encore plus de fragilité sociale.   

LP : J’apprends à m’adapter… mais ce qui est difficile, c’est d’aller à la recherche de nouvelles solutions. Le choix est limité sur l’île en termes d’association médico-social. Alors nous essayons de temporiser, de traiter les urgences. Mais si une personne doit rester dans un logement autonome alors qu’elle serait mieux dans un centre d’hébergement et de réinsertion sociale [4], je reste très présente ainsi que toute l’équipe de proximité. Nous y mettons une attention toute particulière afin que le locataire se sente accompagné et encadré. Cela, en pensant aussi aux autres locataires, car un locataire en difficulté peut créer des nuisances sans le vouloir. Ces nuisances ont des répercussions sur l’environnement, sur la résidence, sur les autres voisins qui, eux aussi, ont besoin d’écoute…  

FF : Quand une situation me préoccupe, j’échange avec mon directeur d’agence. Je peux lui exposer les situations compliquées, et nous regardons ensemble les priorités, qui nous pourrions appeler, etc. Nous portons parfois des moments assez émouvants, et nous n’arrivons pas à nous déconnecter. Nous nous demandons comment faire pour que tel résident soit accompagné au mieux et très rapidement, parfois nous aimerions avoir plus de retours des partenaires, ce qui n’est pas toujours le cas pour des raisons de secret professionnel. Nous le comprenons très bien, sauf que notre accompagnement ne peut pas être complet sans au moins quelques informations essentielles. Tout cela continue à cheminer, et ce malgré nous. Mais voilà… C’est aussi cela qui fait que nous avons choisi ce métier, je pense… 

Nous sommes là pour aider les personnes à garder leur place dans la société 

Le but de l’accompagnement social est de faire avec la personne, à son rythme. Parce qu’elle doit définir ses objectifs et son projet de vie pour essayer d’aller mieux. Et nous sommes là pour qu’elle puisse atteindre cet objectif. C’est ça, notre travail. Ce n’est pas faire à sa place. Et ça, c’est très important. Même si ce serait tellement plus simple. Mais si nous agissons à sa place, elle n’aura justement plus sa place. Et nous, nous cherchons à ce qu’elle garde cette place dans la société. Souvent, les gens manquent de confiance en eux. Ils me disent qu’ils ne savent pas faire… Alors je leur réponds : « Eh bien c’est votre première fois, on va le faire ensemble ! » Nous ne sommes pas là pour les minimiser, au contraire, nous sommes là pour leur montrer qu’ils sont capables d’agir, malgré les difficultés. Même si cela prend une semaine au lieu de deux heures… 

Florence Ferrere 

[1] Les Maisons de la Métropole pour les solidarités sont un service social de proximité lyonnais. Leurs missions : prendre soin des tout-petits, organiser le maintien à domicile des personnes âgées dépendantes, aider les plus démunis à surmonter les difficultés 

[2] Un conseil local en santé mentale (CLSM) est un lieu où se retrouvent les acteurs concernés par la question de la santé mentale : élus, psychiatrie, représentants des usages, aidants et professionnels du territoire 

[3] Les centres médico-psychologiques (CMP) proposent des consultations médico-psychologiques et sociales à toute personne en difficulté psychique. Ils regroupent des soignants (médecins psychiatres, psychologues cliniciens, infirmiers, orthophonistes, psychomotriciens…) et des travailleurs sociaux (assistants de service social, éducateurs…) 

[4] Les centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) ont pour mission d’assurer l’accueil, le logement, l’accompagnement et l’insertion sociale des personnes ou familles connaissant de graves difficultés en vue de les aider à accéder ou à recouvrer leur autonomie personnelle et sociale 

CDC Habitat expérimente la cohabitation solidaire avec Camarage

L’agence de Grenoble a mis en place un partenariat avec la start-up Camarage afin d’organiser des cohabitations solidaires entre certains de ses locataires de plus de 60 ans et des jeunes ayant des difficultés pour se loger dans la région.

Afin de lutter contre l’isolement des seniors et faciliter l’accès au logement à des jeunes de plus en plus précarisés, la loi ÉLAN du 23 novembre 2018 a fixé un cadre juridique à la notion de « cohabitation intergénérationnelle solidaire ». Concrètement, celle-ci permet à des seniors locataires du parc social d’accueillir des jeunes en l’échange d’un loyer réduit et/ou de quelques heures de services. En Auvergne-Rhône-Alpes, CDC Habitat a choisi d’expérimenter le dispositif en s’appuyant sur la start-up Camarage.

« Ce qui nous a séduit dans cette approche, c’est à la fois de pouvoir rompre la solitude d’une partie de nos locataires âgés qui habitent souvent dans des logements devenus trop grands pour eux suite au départ des enfants, tout en répondant aux besoins d’un certain public jeune – notamment des étudiants ou des alternants », explique Anne-Françoise Hyvrard, Directrice de l’agence CDC Habitat de Grenoble où les premières expérimentations ont lieu. « Pour autant, nous savons qu’il ne suffit pas de réunir un jeune et un senior ensemble pour que la greffe prenne. C’est pourquoi nous avons noué un partenariat avec Camarage pour accompagner le déploiement du dispositif sur notre patrimoine ».

Le numérique au service de l’humain

Créée par 2 frères épaulés d’un ami ingénieur informatique, Camarage (un nom qui signifie à la fois « camaraderie entre les âges » et amarrage chez un senior le temps des études) est née d’une idée simple : faire se rencontrer des gens et des besoins. « Aujourd’hui, les jeunes consacrent près de 70% de leur budget à leur logement et pourtant ils sont sous-représentés dans le parc social puisqu’ils ne représentent que 6% des locataires », explique Yoan Lévy, fondateur de la start-up. « Nous avons donc cherché à mettre en relation des seniors qui vivent seuls dans des logements sous-occupés, avec des jeunes ayant peu de moyens ».

Concrètement, Camarage met le numérique au service de la cohabitation intergénérationnelle, via une plateforme où peuvent s’inscrire jeunes en recherche d’appartement et seniors ayant une chambre à pourvoir. Mais là où la start-up se démarque, c’est dans son accompagnement à chaque étape – à l’opposé d’autres acteurs du secteur. « Qu’ils s’inscrivent en ligne ou par téléphone, nous nous entretenons individuellement avec les jeunes comme avec les seniors pour bien cerner leurs besoins et leurs attentes, les contreparties espérées par les uns et l’implication envisagée par les autres », reprend Yoan Lévy. « L’idée est de s’assurer qu’il n’y a pas de décalage entre les futurs cohabitants, et de voir si l’alchimie peut prendre ».

Des premières cohabitations réussies

Pour faciliter ce « profiling », la connaissance des publics des bailleurs sociaux est évidemment nécessaire, et Camarage a donc accompagné l’agence de Grenoble de CDC Habitat dans le ciblage des locataires seniors ayant une chambre libre, dans une zone d’intérêt pour les jeunes, afin d’identifier ceux qui seraient le plus à même d’être séduits par le dispositif. Des courriers ont été envoyés l’an dernier à 123 personnes, puis 6 volontaires ont été présélectionnées et 2 premières cohabitations mises en place avec succès. Une seconde campagne a été lancée au printemps 2022 auprès de 316 locataires.
« On sent bien que la démarche est nouvelle et que tout le monde n’est pas forcément prêt à ouvrir sa porte, surtout en période de pandémie », précise Anne-Françoise Hyvrard. « Mais ceux qui ont joué le jeu sont très satisfaits et le bouche-à-oreille commence à fonctionner, surtout que le système leur apporte à la fois une présence attentionnée, des services et un complément de retraite ». « Il y a un vrai travail d’acculturation à faire qui prend du temps, mais notre modèle de collaboration avec des bailleurs sociaux, des collectivités ou des caisses de retraites engagés porte vraiment ses fruits : une fois que les seniors ont goûté à la cohabitation et qu’ils ont appris à ouvrir leur porte, ils ne peuvent plus s’en passer », confirme Yoan Lévy. « Et pour les jeunes, notamment ceux qui arrivent dans une région qu’ils ne connaissent pas pour leurs études ou même pour un stage, et où il y a une vraie tension sur le marché du logement, c’est une solution abordable qui permet de créer un contact humain précieux ».

Pour en savoir plus : Camarage.fr

Découvrez l’histoire de Danielle et les initiatives de CDC Habitat pour cultiver le vivre-ensemble.

Chez CDC Habitat, nous contribuons à l’aménagement équilibré des quartiers de villes et du territoire pour renforcer la cohésion sociale.

Dans une nouvelle vidéo s’inscrivant dans la série des mini-films dédiés à la vie des locataires, CDC Habitat met en lumière son leitmotiv : le bien-vivre ensemble.

L’héroïne de cette vidéo, c’est Danielle, une locataire de longue date du parc de CDC Habitat. Depuis quinze ans, Danielle vit dans son logement dans lequel elle se sent bien. Après le départ de son fils, elle ressent parfois l’isolement. C’est là que CDC Habitat entre en jeu, avec des initiatives visant à tisser des liens sociaux.

Dans cette aventure humaine, Danielle s’engage pleinement dans la vie de sa résidence en participant à des ateliers organisés autour du jardin partagé. Elle collabore avec d’autres habitants, s’implique dans la vie de ce jardin partagé et partage son savoir-faire avec les plus jeunes.

À travers cet espace partagé, Danielle noue des amitiés avec des jeunes du quartier, à qui elle donne des conseils de plantation et pour l’entretien du jardin.

Danielle ne se sent plus seule. Les moments de convivialité se multiplient, autour d’une tasse de café avec ses voisins, partageant également sa passion pour les échecs. Au fil des mois, le jardin partagé porte ses fruits permettant aux locataires d’organiser des repas conviviaux dans la cour de la résidence.

Regardez la vidéo :

En Île-de-France, ces actions sont menées par le service du développement social et urbain (DSU). Le DSU intervient dans les résidences de CDC Habitat en Quartier Prioritaire de la Ville pour améliorer la qualité de vie et le mieux vivre ensemble de nos résidents, en lien avec les collectivités locales.

Par une présence proactive des sept chefs de projet, le DSU intervient sur de multiples thématiques : cadre de vie, animation, lien social, insertion professionnelle, propreté, usages, accompagnement des locataires, etc.

Ces actions se font en lien avec les équipes de proximité de CDC Habitat, les équipes du siège et les partenaires locaux (les locataires, les collectivités territoriales, les bailleurs sociaux, l’AORIF, les associations et les structures d’économie sociale et solidaire).

L’appel à projet interne L’ISA (L’innovation sociale en action) a permis à CDC Habitat de mettre en place une action de sensibilisation aux questions de santé mentale en lien avec l’association Intermed. Entretien avec Anne-Sophie Mouillé, Directrice de l’agence CDC Habitat de Lyon.

Vous avez porté un projet autour de la prise en charge de la santé mentale au sein de votre patrimoine. Pourquoi avoir choisi ce sujet ?

Anne-Sophie Mouillé : La question de la santé mentale est un des sujets avec lesquels les bailleurs doivent travailler au quotidien, sans que cela soit vraiment dit ou assumé. Nous avons au sein de notre patrimoine, social mais aussi intermédiaire, des personnes qui peuvent présenter des soucis d’ordre psychologiques plus ou moins sérieux, qui se traduisent au quotidien par des troubles du comportement, un renfermement sur soi, mais aussi des nuisances de voisinage, des problèmes d’hygiène, des situations d’impayés… Et face à des attitudes qu’on ne connait pas ou qu’on ne comprend pas, on se sent souvent démunis.

L’objectif est donc de sensibiliser les équipes de l’agence de Lyon à ces questions ?

ASM : Oui tout à fait. Nous avons organisé trois temps de sensibilisation en 2023, en veillant à mêler tous les métiers de l’agence – gardiens, techniciens, chargés de gestion locative… Tout le monde travaille sur le terrain et peut donc être confronté à des situations compliquées, nous voulions donc les rassurer et leur donner quelques clefs pour savoir comment agir, les mots à utiliser, les gestes et postures à adopter face à quelqu’un qui serait en train de faire une crise ou qui a un comportement que l’on ne comprend pas. L’idée est aussi de dédramatiser certains points, il ne s’agit pas de craindre les personnes qui ont des troubles psychiques, mais de faire la part entre les situations, d’identifier les urgences et de savoir qui contacter et à qui passer le relais le cas échéant.

Qui s’est occupé d’animer ces sessions ?

ASM : Nous avons travaillé avec le Réseau Intermed qui a un lien particulier avec CDC Habitat puisque l’association a été créée fin 2008 à l’initiative d’Adoma qui est la filiale du Groupe spécialisée dans l’hébergement et le logement accompagné. L’idée est partie du besoin d’accompagner les publics logés dans les structures de type foyers de travailleurs migrants (FTM), résidences sociales ou pensions de famille sur toutes les questions liées à la santé. La spécialité d’Intermed est d’aller « vers » les publics les plus éloignés du système de santé en allant directement les rencontrer dans leur logement pour renouer le contact. C’est une démarche qui a fait ses preuves et qui s’est élargi au fil du temps à d’autres publics, d’autres structures et bientôt d’autres régions.

Au-delà de sensibiliser les équipes, vous souhaitez aussi intervenir auprès des locataires…

ASM : C’est effectivement le second volet de notre démarche. Toutes les personnes qui ont des troubles psychiques ne sont pas identifiées ni diagnostiquées, et n’ont donc pas forcément de suivi. Notre souhait est d’essayer de tenter de mettre en relation les locataires qui pourraient avoir besoin d’un accompagnement spécifique avec les professionnels de santé. Nos CESF (conseillères en économie sociale et familiale) sont des maillons importants pour engager avec les partenaires locaux la prise en charge des personnes mais face à certaines situations, il faut faire appel aux infirmiers référents Intermed. Nous ne sommes pas des sachants en termes de pathologie, mais notre métier nous met en première ligne, et nous pouvons donc voir des situations que personne d’autre ne voit.

Cette expérimentation a-t-elle vocation à être déployée plus largement ?

ASM : Sur ce sujet plus que sur n’importe quel autre, nous préférons avancer pas à pas. En matière d’accompagnement, nous avons mis en place 6 suivis actifs depuis le début de l’année, et nous travaillons activement pour voir ce qui peut être pérennisé. Ce travail a un coût et demande d’avoir des partenaires mobilisés à nos côtés. En plus d’Intermed, nous travaillons avec les comités de santé locale locaux quand ils existent, avec les hôpitaux spécialisés, avec les services de l’État… C’est cette approche globale qui permet de mieux cerner chaque situation et d’y répondre de manière adaptée.

Et pour les sessions de sensibilisation ? Vont-elles être généralisées ?

ASM : Il va y avoir d’autres sessions au niveau local, pour d’autres collaborateurs. Le Groupe CDC Habitat propose également dans le cadre de son plan de formation des sessions de formation sur ce thème pour former l’ensemble de ses salariés sur ces questions. Aucune région, aucune agence de proximité n’est épargnée par ces situations. Mieux comprendre les troubles liés à la santé mentale, savoir comment réagir vers qui se tourner, c’est déjà une première étape pour aider les personnes, pour rassurer les locataires et pour se sentir moins démuni face à des situations souvent complexes.

Pouvez-vous nous présenter l’association AVEC 63 ?

Association Victime Ecoute Conseil accompagne les victimes d’infractions pénales dans le département du Puy-de-Dôme depuis 1987. Dès lors qu’une plainte est déposée, le ministère de la Justice oriente les victimes vers notre équipe pluridisciplinaire – juristes, psychologues, travailleurs sociaux – qui va leur proposer une prise en charge globale. Le public accueilli est assez large, car s’entend par infraction pénale les vols et cambriolages, les agressions, les violences physiques et sexuelles. Les femmes victimes de violences conjugales représentent toutefois la moitié des personnes reçues chaque année.

Comment accompagnez-vous ce public particulier ?

Nous avons mis en place deux dispositifs spécifiques, qui interviennent sur des temps différents. Celui de l’urgence tout d’abord, avec une référente départementale qui gèrent les mises à l’abri. En parallèle, nous proposons un accueil de jour pour recevoir les femmes qui souhaitent quitter, à terme, le domicile conjugal, sans en informer leur compagnon. Notre objectif ici est de préparer au maximum leur départ, pour qu’il se passe le plus sereinement possible et éviter ainsi l’étape de l’hébergement d’urgence, qui débouche souvent sur un retour au domicile conjugal.

Comment préparer un départ du domicile conjugal ?

En faisant les choses étape par étape. En tant que référente du point accueil de jour, je suis le premier contact avec les personnes et celle qui va ensuite les orienter vers les professionnels de l’association qui sauront le mieux répondre à leurs besoins. Il faut pour cela bien identifier leur demande, ce qui passe par l’écoute et le respect absolu de leur choix. Notre rôle est de les accompagner, pas de décider à leur place. Et ce sont des situations complexes, qui peuvent sembler de prime abord sans issue. Il est par exemple nécessaire qu’une procédure de divorce soit engagée pour faire une demande de logement. Or la séparation est un moment critique, qui donne souvent lieu à des violences. Il faut donc faire les choses de façon progressive, une démarche après l’autre.
La première étape est souvent un rendez-vous avec un de nos juristes, qui va informer la personne sur ses droits et les dispositifs de protection existants. Rencontrer un psychologue est également important car les personnes ne sont pas toujours certaines d’être victimes de violences. Enfin, le travailleur social va accompagner la personne dans ses démarches, pour trouver un logement par exemple. 

Vous travaillez avec CDC Habitat sur cette question du relogement depuis plusieurs années. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Le relogement est tout simplement indispensable. Tant que la personne reste au domicile conjugal, elle reste sous emprise. Le débat porte beaucoup sur le développement des capacités d’hébergement d’urgence, qui est nécessaire évidemment, mais l’hébergement n’est pas une finalité et ne correspond pas aux attentes des femmes. Elles ont besoin d’un relogement adapté à leur reconstruction, qui leur permet d’assurer une continuité dans leur vie professionnelle, familiale (à proximité de l’école des enfants par exemple). Notre partenariat avec CDC Habitat nous permet de répondre à ce type de demande.

Et quel est votre bilan de ce partenariat ?

Depuis 2015, sur 595 situations orientées, nous avons eu droit à 210 propositions de logement par CDC Habitat et 84 relogements finalisés. Au-delà des chiffres, ce qui est encourageant, c’est que les femmes entament un vrai travail de reconstruction. D’ailleurs, je n’ai pas connaissance d’un seul retour au domicile conjugal, ni d’une seule situation d’impayé ou de trouble du voisinage.
Nous espérons poursuivre notre coopération, d’autant que les demandes ont explosé du fait de la crise sanitaire et des confinements, des périodes propices à l’augmentation des violences intrafamiliales. Je pense que les relogements pérennes et de qualité tels que ceux mis en œuvre dans ce partenariat sont la solution la plus efficace pour les femmes que nous accompagnons.

Les violences envers les femmes concernent tout type de relations familiales et tous les milieux sociaux. Leurs formes sont multiples – violences verbales, psychologiques, économiques, physiques, sexuelles – leurs conséquences dramatiques. En 2022, 118 femmes ont ainsi été tuées en France par leur compagnon ou ex-conjoint, soit un féminicide tous les trois jours.

Pour soutenir ces femmes, leur apporter un accompagnement spécifique, CDC Habitat se mobilise sur le terrain pour mettre à disposition des solutions de logement et de prévention des risques.

Eclairage avec Coralie Dubois, chargée de mission accompagnement social et publics spécifiques chez CDC Habitat

Comment CDC Habitat se saisit de cette problématique ?

CD : Les situations préoccupantes sont aujourd’hui portées à notre connaissance par différents canaux. CDC Habitat peut être sollicité directement par le/la locataire, le voisinage, ou par le personnel de proximité : les gardiens, les chargés de clientèle ou encore les conseillères sociales font remonter une situation à risque chez nos locataires. Nous réfléchissons alors à une solution de relogement la plus rapide possible. 

Comment se traduit concrètement l’accompagnement des femmes victimes de violences ?

CD : Les besoins sont multiples, il n’y a pas un profil type de femme victime de violences. CDC Habitat intervient donc par le biais de différents dispositifs. S’inscrire dans le réseau associatif local est essentiel pour proposer des solutions pérennes d’accompagnement. Le Groupe met à disposition d’associations des logements dans le diffus en intermédiation pour répondre à un besoin d’urgence de mise à l’abri et/ou pour permettre un accompagnement dans la durée auprès et avec la victime (favoriser l’insertion sociale, la reconstruction personnelle, l’appropriation d’un nouveau logement…).

Nous pouvons également développer des résidences spécifiques à la demande d’associations ou de collectivités, en créant des foyers ou des centres d’hébergement. Ces lieux collectifs permettent aux femmes de se reconstruire sans limitation de durée d’hébergement, de rompre l’isolement social et de retrouver un équilibre de vie le temps de leur accompagnement

Quels sont les leviers, les relais de CDC Habitat dans cet accompagnement ?

CD : Lorsque CDC Habitat est directement informé de la situation, plusieurs solutions de mise à l’abri sont envisagées. Cela se caractérise par la possibilité de trouver un nouveau logement pour la victime ou par la mobilisation des associations locales afin de proposer un hébergement d’urgence. Afin d’assurer un parcours de vie sécurisé auprès des femmes victimes de violences, CDC Habitat s’appuie sur l’expertise des associations locales et nationales qui les accompagnent socialement, juridiquement, psychologiquement et administrativement, telle que la Fédération Nationale Solidarité Femmes (FNSF) avec laquelle nous avons signé un partenariat en 2021 (voir encadré ci-dessous),.

La formation des collaborateurs est également un levier pour identifier les situations à risque et pour orienter au mieux les victimes. Les associations locales qui accompagnent les femmes victimes de violences dispensent des temps de formation et permettent aux collaborateurs de s’outiller dans l’optique de pouvoir réagir face à des situations complexes. Notre convention avec la FNSF permet également de former les collaborateurs sur l’accompagnement de ce public.

Quel est votre engagement personnel sur le sujet et le lien avec votre métier ?

CD : Conseillère en économie sociale et familiale de formation, je suis sensibilisée à ces problématiques depuis plusieurs années. Chez CDC Habitat, ma mission vis-à-vis de ce public spécifique est d’orienter les collaborateurs auprès des associations, d’outiller et de faire connaitre les dispositifs existants permettant l’accompagnement des femmes victimes de violences. En effet, chaque collaborateur peut être confronté à une situation d’urgence ou de détresse, que ce soit le personnel de proximité, les chargés de clientèle ou encore le service technique.

Nous ne sommes pas des experts mais ne serait-ce qu’identifier une situation à risque et solliciter de l’aide auprès des bonnes personnes est déjà une première étape.

Partenariat avec la Fédération Nationale Solidarité Femmes (FNSF) : quel bilan en 2023 ? 

  • 25 logements du Groupe ont été attribués à des femmes victimes de violences conjugales via les associations du réseau FNSF
  • La FNSF a formé en Île-de-France toutes les conseillères en économie sociale et familiale et l’ensemble des collaborateurs du contentieux . Les équipes de pré-contentieux seront formées en 2024.
    Le sujet est à l’étude dans les autres directions interrégionales.

Découverte d’une pension de famille gérée par Adoma, la filiale de CDC Habitat spécialisée dans le logement accompagné et l’hébergement.

Une pension de famille, c’est une structure bien particulière, à taille humaine, qui conjugue logement autonome et accompagnement social renforcé.

A Saumur, l’équipe d’Adoma composée d’Éric Cochet et Lucie Pineau, écoute, oriente et encourage les résidents à sortir de leur isolement.

Ils nous expliquent leur travail, aux côtés de Michel Barre, responsable de l’association Vie Libre, qui intervient chaque mois dans la pension de famille.

Une journée au Cours Charles Péguy, à Sartrouville

CDC Habitat soutient depuis 2019, le réseau Espérance Banlieues, en parrainant une classe du Cours Charles Péguy, à Sartrouville (78) pendant trois années scolaires. Bailleur fortement implanté dans les quartiers prioritaires, CDC Habitat a choisi d’apporter son aide financière à une école qui développe un modèle innovant pour lutter contre le décrochage scolaire dans les banlieues. Partons à la rencontre des élèves du Cours Charles Péguy et de leurs enseignants, un lundi du mois de mai.

8 h 20. Tous les élèves sont rassemblés en cercle dans la cour de l’école, avec les enseignants, le personnel, les bénévoles et les visiteurs du jour. Comme chaque lundi, la directrice, Anne-Laure Britsch prend la parole : elle revient sur la semaine passée et évoque celle qui arrive. Les élèves sont en uniforme, les visages sont attentifs. Nous sommes au Cours Charles Péguy, à Sartrouville, un établissement hors contrat du réseau Espérance Banlieues.

En début et en fin de semaine, les enseignants remettent à la directrice les noms des élèves qui méritent d’être encouragés pour leurs efforts. Ils sont appelés individuellement et invités à hisser les trois drapeaux : le drapeau français, le drapeau européen, et celui du Cours Charles Péguy. Ceux qui ont été gratifiés hissent les couleurs et semblent très fiers de cette reconnaissance. Toute l’école entame ensuite le 7e couplet de la Marseillaise, dit « couplet des enfants » puis un extrait de l’hymne européen. La semaine peut commencer.

Une approche éducative spécifique

Le Cours Charles Péguy est situé en REP (Réseau d’éducation prioritaire) à proximité des quartiers du Vieux Pays et des Indes, qui a fait l’objet d’importants travaux dans le cadre du renouvellement urbain. Ces quartiers sont marqués par un taux de réussite scolaire inférieur à la moyenne des Yvelines et un taux de pauvreté (13%) supérieur au taux national (8%).

Les 75 élèves et leurs professeurs travaillent dans des bâtiments préfabriqués, entourés d’espaces verts. L’école partage des locaux avec le centre de loisirs, situé juste derrière : « Bientôt nous aurons de nouveaux locaux, route de Cormeilles », explique Anne-Laure Britsch, qui dirige l’établissement depuis 3 ans. « J’ai commencé mon parcours chez Espérance Banlieues, à Montfermeil, précise-t-elle, au sein de l’établissement pilote du réseau. Même si je suis issue de l’Éducation Nationale, et que je travaillais dans un établissement privé sous contrat, je considère que c’est une reconversion. J’avais besoin de changer d’air ».

L’équipe éducative est composée de 7 enseignants, chacun responsable d’une classe. Au collège, une des particularités du Cours Charles Péguy est la présence d’un enseignant par classe, chargé des savoirs fondamentaux : français, mathématiques, histoire-géographie. Le professeur d’anglais enseigne à temps partiel. « Nous avons la possibilité de choisir nos enseignants. C’est une liberté précieuse. Nos critères sont la motivation, et l’expérience. »  Leréseau Espérance Banlieues apporte son soutien pour la formation. Les enseignants ont aussi un rôle d’éducateurs. Par roulement, ils accompagnent les enfants en récréation, jouent avec eux et deux fois par semaine partagent leur déjeuner.

Des profils complémentaires

L’équipe du Cours Charles Péguy est complétée par une douzaine de bénévoles et trois personnes en service civique. Les bénévoles viennent en soutien au moment des repas, et aussi pour la lecture et l’étude. « Ils soulagent l’équipe pédagogique », témoigne Anne Feytit, bénévole et secrétaire de l’association du Cours Charles Péguy. Chaque école du réseau est en effet créée par une association locale qui cherche à répondre aux défis éducatifs posés dans son environnement : « C’est un beau projet dans lequel on s’investit. On vient pour une cause et l’expérience est très riche. »

Les jeunes en service civique ont aussi un rôle majeur dans la vie de l’école. Clara, par exemple, est étudiante à HEC. Trois jours par semaine et pendant toute l’année scolaire, elle s’investit auprès des élèves et dans le fonctionnement de l’école. « Avec Juliette qui est aussi en service civique, je m’occupe de la levée de fonds, de la communication. Nous sommes aussi présentes auprès des élèves pendant des temps individualisés pour les aider à progresser, c’est une formidable expérience », s’enthousiasme-t-elle.

Les 5 règles d’or de l’engagement

En passant quelques heures au Cours Charles Péguy, le visiteur est frappé par ce mélange de discipline, de bienveillance et de liberté qui caractérise l’ambiance générale. En dehors des heures de cours, les élèves circulent librement dans l’enceinte de l’école et même dans l’espace administratif. Tous les élèves portent un uniforme simple, de couleur différente pour les garçons et les filles et selon le niveau (collège/primaire) : « Le port de l’uniforme développe un sentiment d’appartenance fort à l’école », justifie la directrice. Le vouvoiement est imposé entre adultes et enfants : « Au début ce n’est pas évident », reconnaît une bénévole ». A.L. Britsch se réjouit que les enfants vivent cela « comme une marque de respect envers eux ».

Au Cours Charles Péguy, l’engagement est un rituel auquel tous les élèves sont conviés. Il repose sur 5 règles d’or : Être joyeux, Penser aux autres, Bien travailler et être attentif et curieux, Être vrai, Être propre et ordonné. Ces règles sont inscrites dans le carnet de progression éducative. Elles se matérialisent par une étoile dont chaque élève reçoit les branches en fonction de sa progression.

« Lors de l’engagement, ils reçoivent l’écusson de l’école et le cœur d’étoile. L’objectif est d’obtenir les 5 branches de l’étoile. Les parents assistent à l’engagement. Les enfants posent leurs mains sur l’étendard de l’école et s’engagent à faire de leur mieux pour atteindre les objectifs. Les autres élèves s’engagent à l’aider. »

Soulaymane, élève de CP, reçoit son uniforme

« Un cadre strict mais juste »

Pour A.L. Britsch, l’implication des parents est primordiale : « Les parents viennent chez nous parce qu’ils veulent un suivi de leurs enfants, des classes en petits effectifs, un cadre strict mais juste. Ils veulent retrouver leurs valeurs. Nous sommes transparents dans l’affirmation des nôtres : notre école aconfessionnelle développe une conception ouverte de la laïcité et du respect mutuel. Et nous sommes toujours ouverts au dialogue ». Justement ce jour-là (le 10 mai) l’association Com’je t’aime intervient sur le thème du corps et de la sexualité (« comment respecter et protéger son corps »). A.L. Britsch avait préparé les parents lors d’une visioconférence quelques jours auparavant. « Certains parents sont réticents à l’idée que ce sujet soit abordé dans l’enceinte scolaire et préfèrent en parler eux-mêmes avec leurs enfants », reconnaît la directrice qui est à l’écoute des réserves exprimées tout en restant ferme dans sa position pédagogique : « Nous accompagnons les enfants dans leur globalité, nous leur inculquons, avec les parents, la fraternité, l’égalité et la volonté de réussir. »

Avant l’inscription, les enfants peuvent passer une journée à l’école pour se familiariser avec son fonctionnement. Cette journée d’observation leur permet d’être pleinement acteur de leur choix.

Le déjeuner est un moment important, un autre « rituel » de l’école. Chaque élève apporte son repas, préparé par les familles conformément à leurs règles religieuses ou alimentaires. Le lundi et le jeudi, la directrice est aussi présente et diffuse une histoire pendant le déjeuner, souvent un épisode de l’histoire de France, prétexte ensuite à une discussion avec les élèves. Quand il fait beau, certains déjeunent sur la pelouse. Après le déjeuner « un temps calme » est consacré à la lecture, avec les bénévoles, une activité indispensable pour aider l’enfant à se développer et apprécier cette activité.

Wième, élève de CP et son travail d’art plastique

Des choix pédagogiques singuliers

La pédagogie contribue à la spécificité des écoles du réseau Espérance Banlieues. Elle est inspirée de plusieurs méthodes. Français, Maths, Histoire-Géo représentent le plus grand nombre d’heures. Des plages horaires personnalisées sont organisées pour le suivi des élèves. Une matière particulière « Fonds et Forme de la Relation Humaine », complète les enseignements. Dispensé par la directrice, ce cours relève à la fois d’une approche philosophique et de l’éducation civique et morale.  L’accent est mis aussi sur le développement personnel de l’élève et son bien-être grâce à l’expérience quotidienne du silence obligatoire dans toutes les classes pendant 3 minutes : « Beaucoup font ainsi l’expérience de l’intériorité », remarque A.L. Britsch.

Diriger une école hors contrat c’est aussi travailler pour assurer sa pérennité.  Le Cours Charles Péguy est confronté à des difficultés que la directrice et son équipe affrontent chaque année : «Le recrutement des enseignants, la mixité, la compréhension des règles de la République sont les principales difficultés que nous rencontrons », analyse A.L.Britsch. Le bouclage du budget n’est jamais gagné et « tous les ans il faut repartir à la recherche de fonds, mais notre mode de fonctionnement est bon, et notre trésorerie bien gérée », estime Thierry Rollin, président de l’association du cours Charles Péguy. Anne-Laure Bristch conclut : « Notre ambition est de stabiliser le collège et d’équilibrer la mixité garçons/filles.  Un vrai projet sport est à l’étude avec le recrutement d’un enseignant d’EPS la rentrée de septembre 2021, à temps plein. » Les projets ne manquent pas et bientôt le Cours Charles Péguy pourra les développer dans ses nouveaux locaux.

Le réseau Espérance Banlieues

Créé en 2012 avec l’école pilote de Montfermeil (93)
17 écoles dans toute la France dont 5 en Île-de-France
800 élèves scolarisés
94% de réussite au brevet

Le cours Charles Péguy

Ouvert depuis 2016
7 classes du CP à la 5e
75 élèves scolarisés

Le coût de la scolarité au cours Charles Péguy

75 €/ Mois/ enfant
75 € pour l’uniforme
130 € pour les fournitures scolaires.
Les parents sont impliqués dans le coût global de la scolarité de leur enfant, à hauteur de 14%. Les donateurs (particuliers, entreprises, fondations), sont impliqués dans les coûts de fonctionnement à hauteur de 86%.

1 heure avec la classe de 5e

Aliénor, l’enseignante de cette classe de 5e, vit sa première année au Cours Charles Péguy. De formation Sciences politiques (IEP Toulouse), elle a opéré une véritable reconversion en devenant enseignante au sein d’Espérance Banlieues. « J’étais très intéressée par l’approche pédagogique proposée par le réseau Espérance Banlieues.  J’ai suivi une formation spécifique pendant les vacances. »

Sa classe est composée de 11 élèves. Ce lundi matin, ils sont en plein exercice de mathématiques dans un léger brouhaha studieux. L’enseignante les laisse travailler et répond à leurs questions individuelles. Ce cours sur les nombres relatifs est abordé de façon concrète, conformément à l’approche pédagogique prônée par le réseau : on utilise l’image d’un ascenseur qui monte et descend les étages.

D’un seul coup d’œil, on reconnait ceux qui ont progressé à leur écusson, dont l’étoile comporte plus ou moins de branches. Les élèves sont actifs, participent bien et l’enseignante les sollicite beaucoup, sans jamais élever la voix.

Au Cours Charles Péguy, on apprend aussi aux élèves à se concentrer grâce à la méditation. En milieu de matinée une intervenante entre dans la classe pour initier les élèves à cette pratique. Elle les interroge d’abord sur « leur météo intérieure », une métaphore dont ils sont familiers et qui les aide à exprimer leurs émotions. Suivent quelques exercices de respiration que les élèves pratiquent avec facilité et, ensuite, place au compte-rendu de lecture : des élèves viennent présenter un livre à la classe. La lecture suivie durant toute l’année scolaire fait partie de la pédagogie.

1 heure avec les CE1

Une petite classe où travaillent sagement 7 enfants, 2 filles et 5 garçons. Conformément à la règle de l’école, ils se lèvent dès qu’un adulte entre dans la classe. Les enfants sont en exercice. Le programme de la matinée est inscrit au tableau : chacun l’exécute à son rythme sous le contrôle de la maîtresse et peut s’adresser à elle pour se faire aider. Ils sont tous en chaussons « pour l’esprit cocoon et aussi pour éviter de salir la classe après avoir joué dans les espaces verts qui entourent l’école », explique Lore, l’enseignante. Psychologue de formation, Lore a choisi de venir travailler au Cours Ch. Péguy : « Je crois beaucoup à cette pédagogie de la découverte grâce à la manipulation par les enfants eux-mêmes. »

Quand le travail est terminé, l’élève est libre de choisir une activité pour se détendre mais avant de partir déjeuner, il faut ranger correctement l’espace de travail.

Dans une démarche solidaire, l’agence de Saint-Avold de CDC Habitat Sainte-Barbe a orchestré en décembre dernier une campagne de collecte de denrées alimentaires.

Sous la supervision de Dimitri MULLER, salarié de l’entreprise et membre de l’association des Restos du Cœur, cette initiative avait pour objectif d’apporter un soutien essentiel aux Restos du Cœur de Saint-Avold.

Durant cette période, les employés de CDC Habitat Sainte-Barbe se sont mobilisés dans la collecte de produits alimentaires essentiels, répondant ainsi aux besoins prioritaires exprimés par les Restos du Cœur.

Dimitri MULLER, manifeste sa gratitude envers l’ensemble des collaborateurs de CDC Habitat Sainte-Barbe pour leur implication et leur générosité. « C’est un réel plaisir de voir les salariés de CDC Habitat Sainte-Barbe se rassembler pour soutenir une cause aussi noble que celle des Restos du Cœur. La solidarité démontre notre capacité à faire une différence positive dans la vie des autres, et je suis fier de faire partie de cette entreprise engagée ».

L’intégralité des dons ont été remis aux Restos du Cœur de Saint-Avold le mercredi 20 décembre 2023, marquant ainsi le point culminant de cette démarche solidaire. Cet acte concret témoigne des efforts collectifs déployés par CDC Habitat Sainte-Barbe et renforce l’engagement de l’entreprise envers sa communauté locale.

Et cerise sur le gâteau, l’entreprise CDC Habitat Sainte-Barbe a également offert une quinzaine de ballon de football à destination des enfants 😊.