La construction bois à l’épreuve du terrain

La construction bois à l’épreuve du terrain

A Nantes, le projet Jadéo est l’occasion pour CDC Habitat d’expérimenter la construction bois. Frédéric Maillard et Marielle Gasnier du service maîtrise d’ouvrage de CDC Habitat reviennent sur ce chantier pas comme les autres.

Présentez-nous le projet Jadeo à Nantes…

Marielle Gasnier – Ce projet en société civile de construction vente (SCCV) est réalisé conjointement par ICEO, CDC Habitat et Bâti Nantes. Il s’agit d’un programme au nord-est de Nantes, à Saint-Joseph de Porterie, sur le site Champ de Manœuvre (50 hectares, 2000 logements d’ici 10 ans). Il comprend 81 logements (38 en accession, 13 en Prêt social location accession (PSLA), et 30 en locatif social) et deux commerces en pied d’immeuble. L’aménageur, Nantes Métropole Aménagement, a souhaité une cohérence architecturale des îlots en privilégiant l’utilisation de matériaux naturels ou bruts. Le programme Jadéo avec ses 3 bâtiments A, B et C répond à cette attente. Actuellement en chantier, il sera livré au 2ème trimestre 2023.

Quel est le principe de construction bois retenu ?

Marc Boixel : L’aménageur Nantes Métropole Aménagement n’avait pas d’exigence particulière mais invitait à construire en bois, sans poser d’objectifs précis. Nous avons donc travaillé sur un projet optimisant la présence de ce matériau. Le principe constructif repose sur une structure en béton sur laquelle viennent se fixer verticalement en façade de grands panneaux préfabriqués en ossature bois avec isolants reprenant parfaitement le dessin des ouvertures. Toutes les façades ne sont pas couvertes par ces panneaux. Pour des questions techniques, le projet propose une alternance de façades « en béton » et des façades utilisant ce procédé de panneau bois préfabriqué. C’est l’entreprise
Bois Boréal qui a fabriqué les panneaux en atelier, puis qui est venue avec son équipe de pose constituée de charpentiers bardeurs.

Quels sont les avantages de ce mode constructif ?

MB : Ce type de construction a l’avantage d’être très rapide en exécution par rapport aux constructions classiques en béton : en deux semaines toutes les façades du bâtiment B de trois étages étaient montées. Les panneaux arrivent tout prêts, bardés, isolés, il ne reste plus que les jonctions à faire.

MG : C’est aussi un chantier propre. De plus, ce type de construction bois nécessite une architecture aux volumes et formes simples et compacts. Ce qui peut être vu comme une contrainte est en fait un atout : la compacité du bâti permet de réduire les surfaces « déperditives » en énergie et d’être plus efficient thermiquement. Enfin, la construction bois permet aussi d’être moins gourmande en énergie primaire. La qualité thermique du bâtiment est très largement supérieure aux exigences de la réglementation en vigueur au moment du dépôt du permis de construire (RT 2012). En effet, l’indice Bbio qui mesure la qualité de l’isolation thermique de l’enveloppe affiche un gain de 30% par rapport à
celle-ci.

Est-ce si facile de construire en bois. N’y-a-t’il pas des difficultés à relever ?

Frédéric Maillard : Une des problématiques est la ressource. Elle est locale, la France produit beaucoup de bois. Mais celui-ci part à l’étranger pour être traité. Le bilan carbone s’en trouve nettement moins bon. Les chantiers locaux s’approvisionnent auprès de scieries ou d’entreprises de traitement du bois (fabrication de panneaux de bois par exemple) dans les pays de l’Est de l’Europe. De plus, sur le bassin nantais, les entreprises spécialisées en construction bois sont peu nombreuses. Elles ont beaucoup de demandes et il y a une montée en compétences actuellement. Mais ce mode constructif est pour l’heure peu standardisé.

Est-ce une solution rentable ?

FM : Dans l’ensemble, la construction bois a un coût 15 à 20 % plus cher qu’un immeuble en béton. En effet, le respect de la réglementation incendie, la raréfaction de la ressource et les difficultés d’approvisionnement liées à l’augmentation de la demande et au contexte sanitaire et géopolitique actuel boostent les prix. Nous avons donc dû faire des choix pour maintenir l’équilibre financier du programme : retravailler le projet et réduire l’importance du bois, tout en préservant l’ambition de départ en privilégiant ce matériau notamment en façade sur le bâtiment principal. Faire le choix de la construction bois pour du logement collectif en locatif social est aujourd’hui un véritable exercice. Nous avons conscience qu’un tel projet est une expérimentation localement. Et CDC Habitat est fier d’y contribuer !

Quantification du bois mis en œuvre : 

> 1 380 m² de murs ossature bois 
> 3 589 m² bardage lame bois massif verticales avec aspect à claire-voie
> Essence bois : Douglas et Mélèze