Dépôts sauvages : comment enrayer durablement ce cercle vicieux ?

Face à la persistance des dépôts sauvages de déchets sur son patrimoine, CDC Habitat Île-de-France mobilise ses équipes autour d’une démarche globale et collective pour faire émerger des solutions efficaces.

Jusqu’à 25 kg par habitant et par an sur certains territoires : c’est le chiffre avancé par la Région Île-de-France concernant les dépôts sauvages de déchets, encombrants ou non. Si ces volumes interpellent, c’est parce qu’ils témoignent d’une réalité qui va bien au-delà des simples questions de propreté et d’hygiène. Il est question de cadre de vie dégradé, de risques pour la sécurité des habitants, et de baisse d’attractivité des quartiers. Le phénomène est d’autant plus difficile à enrayer qu’il tend à s’auto-entretenir.

« Le problème des dépôts sauvages, c’est que c’est un cercle vicieux : les gens voient un endroit où il y a des déchets, mais surtout qu’on les retire, donc ils recommencent », explique Dejan Grbovic, responsable du pôle proximité de Saint-Denis au sein de CDC Habitat : « cela dégrade l’image du quartier et crée énormément d’insatisfaction chez nos locataires. »

Un phénomène difficile à enrayer

Retirer rapidement les encombrants reste indispensable, mais ne suffit pas à régler durablement le problème. D’autant que ces dépôts sont alimentés de toutes parts : les déchets peuvent provenir de la résidence elle-même, de sites voisins ou d’entreprises peu scrupuleuses qui viennent abandonner leurs déchets de chantier.

« Pour enrayer le phénomène, il faut d’abord en comprendre les mécanismes pour tester des solutions et identifier celles qui fonctionnent avant de les généraliser », souligne Sandrine Blasco, directrice projets RSE et stratégie environnementale chez CDC Habitat Île-de-France. « C’est pour cela que nous avons lancé l’an dernier le diagnostic des six résidences qui ont les plus gros volumes de déchets et d’encombrants ».

Le travail de diagnostic, réalisé par le bureau d’étude en économie circulaire Néo-Eco a permis de mieux comprendre comment se répartissent les coûts, en fonction de l’organisation de chaque site et des modalités de collectes du territoire. Plusieurs pistes de travail ont été identifiées, à commencer par la remise à plat des contrats de nettoyage afin de mieux associer les prestataires au tri, à la valorisation via des ressourceries ou des filières de recyclage et à la sensibilisation des habitants. Les actions en cours sur les résidences ciblées sont suivies pour en mesurer l’efficacité.

Un challenge pour faire émerger les bonnes pratiques

Pour généraliser cette approche, CDC Habitat Île-de-France a également lancé au printemps un « challenge encombrants » auprès de 60 responsables de sites. Chacun a été invité à réaliser le diagnostic d’une résidence de son secteur, pour faire remonter les réalités du terrain, les difficultés rencontrées mais aussi les bonnes pratiques déjà mises en place.

« Il existe de nombreux leviers pour agir comme la réorganisation des locaux, l’amélioration des consignes de tri, le développement du réemploi ou encore la mise en place de Nudges », précise Maëlys Etienne, responsable de projets chez CDC Habitat Île-de-France. « Chaque dispositif va être évalué en fonction de son efficacité, sa faisabilité et son coût, afin d’identifier ceux qui pourraient être déployés plus largement ».

Une réponse nécessairement collective

Reste qu’agir sur les encombrants ne peut pas relever d’un bailleur seul. Au-delà des solutions déjà mises en place pour optimiser la gestion de ces déchets et encombrants, CDC Habitat Île-de-France travaille avec ses partenaires institutionnels et les autres bailleurs pour renforcer les actions de prévention et de sensibilisation, sans écarter le recours à des mesures plus dissuasives.

 « Ce sujet mobilise tout le monde car ces dépôts sauvages ont un coût financier important pour les bailleurs et les collectivités, mais aussi des conséquences sur le cadre de vie et l’attractivité des quartiers », conclut Sandrine Blasco. « Il faut jouer sur tous les tableaux, avec un vrai volet pour accompagner et responsabiliser les habitants. En parallèle, CDC Habitat travaille, à l’échelle nationale, à la mise en place de mesures plus coercitives, en lien avec les enjeux de sécurité. Il faut pouvoir proposer des actions complémentaires, adaptées aux contextes des résidences et aux dynamiques en place dans les quartiers, avec les autres bailleurs, et les partenaires institutionnels ».