Une stratégie coordonnée pour lutter contre la précarité énergétique

# Transition énergétique
En synthèse
Un nouveau guide sur la précarité énergétique pour faire le tour de cette problématique qui touche près d'un ménage sur cinq en France.
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Le groupe CDC Habitat publie en cette rentrée un guide sur la précarité énergétique afin de faire le tour de cette problématique complexe qui touche près d’un ménage sur cinq en France et contre laquelle le Groupe est pleinement mobilisé. Entretien avec Élodie Espéout, responsable de la stratégie environnementale, et Sandra Beer, responsable études et analyse de marché.

Depuis quand CDC Habitat s’est-il emparé de la question de la précarité énergétique ?

 

Élodie Espéout : Le Groupe a publié dès 2008 un livre vert sur la transition énergétique et écologique, « L’Habitat au défi de la résilience ». À cette époque, nous affichions déjà notre volonté de réduire drastiquement nos émissions de gaz à effets de serre. Puis en 2010, le Grenelle de l’Environnement a permis de poser la définition de la précarité énergétique, poussant les bailleurs à se saisir de cette question qui dépasse le seul cadre de leur patrimoine.

Sandra Beer : Il faut dire que le phénomène touche aujourd’hui près de trois millions de ménages, soit environ sept millions de personnes. L’une des difficultés est la façon d’aborder la question selon que l’on se situe dans le nord ou dans le sud de la France, selon que l’on parle de barres d’immeubles des années 70 ou de maisons individuelles, ou selon qu’il s’agisse d’accompagner des personnes âgées ou des familles nombreuses.

Quand on parle de précarité énergétique, la première image qui vient est celle des « passoires thermiques ». Pourtant, votre travail souligne que ce n’est qu’une partie du problème…

 

EE : Il y a bien sûr un facteur « bâti » important dans la lutte contre la précarité énergétique. D’ailleurs CDC Habitat s’est engagé à ne plus avoir aucun logement avec une étiquette F ou G à l’horizon 2025, et mène une importante politique de réhabilitation basée sur les diagnostics de perfomance énergétique (DPE). Mais pour être vraiment efficace dans la lutte contre la précarité énergétique, notre stratégie se doit d’intégrer les caractéristiques d’occupation du parc.

SB : En discutant avec les équipes des agences de proximité, nous nous sommes en effet rendu compte que dans beaucoup de cas, le bâtiment et les équipements n’étaient pas la seule cause. Par exemple, il ne suffit pas d’installer de nouveaux systèmes de chauffage pour enrayer le phénomène.

La prise en compte des usages au sein du logement est nécessaire car ceux-ci impactent de façon non négligeable les consommations d’énergie. L’adhésion des locataires aux actions menées apparaît ainsi comme le facteur déterminant du projet.

Il y a donc un gros travail de sensibilisation des publics à mener ?

 

SB : Il faut évidemment sensibiliser nos locataires après chaque opération de réhabilitation, mais il faut aussi faire de la prévention. Nous avons développé une méthodologie pour identifier la fragilité de notre patrimoine, et croiser cette réalité avec le profil des ménages pour intervenir le plus tôt possible.

C’est essentiel car la précarité énergétique est au croisement d’autres problématiques : quand on n’est pas bien chez soi, on n’invite pas les gens à venir, on s’isole… Une mauvaise qualité de l’air intérieur peut aussi avoir des conséquences directes sur la santé.

EE : En tant que gestionnaire, il y a aussi un impact potentiel en matière de dégradation et de sécurité du bâti. D’où l’importance de ce travail d’identification du patrimoine prioritaire et des locataires en situation de fragilité. Identifier la fragilité, c’est se donner les moyens d’éviter que les gens ne basculent dans la précarité.

Comment créer des dynamiques locales autour de ce sujet ?

 

SB : Il y a une vraie prise de conscience autour de ce sujet depuis quelques années. Certaines collectivités sont d’ailleurs précurseurs en la matière, et ont déjà déployé des dispositifs comme le service local d’intervention pour la maîtrise de l’énergie (SLIME) avec le réseau pour la transition énergétique CLER. Nos équipes s’associent régulièrement à ces actions et travaillent main dans la main avec des associations locales. Sur ce sujet comme sur d’autres, les dynamiques territoriales sont essentielles, sinon ça ne fonctionne pas.

EE : Souvent, avant même de parler d’énergie avec les locataires, il y a d’autres sujets à aborder, comme les questions d’emploi, d’habitudes, de gestion des déchets, etc. Cela passe par un accompagnement de proximité, et des actions collectives qui évitent que les gens ne se sentent stigmatisés alors même que l’on vient les aider.

Il y a une vraie psychologie à avoir autour de la précarité énergétique. C’est d’ailleurs pour ça que CDC Habitat a prévu de former l’ensemble de ses équipes de proximité à cette problématique. 150 gardiens ont déjà été formés, et nous sommes en train d’adapter les sessions aux nouveaux protocoles sanitaires pour poursuivre ce travail.

Un projet pilote au cœur de Lyon (69)

L’Agence du Rhône de CDC Habitat lancera, cet hiver, une première expérimentation afin de mieux cerner les différents leviers pour lutter efficacement contre la précarité énergétique sur le terrain. « Nous travaillons en concertation depuis 2019 avec les équipes du siège pour construire une stratégie adaptée à la fois à notre patrimoine et à nos locataires », explique Anne-Sophie Mouillé, directrice de l’agence.

Une liste de plusieurs ensembles immobiliers « prioritaires » a ainsi été constituée, et un immeuble de neuf logements locatifs situé rue Montesquieu dans le 7ème arrondissement de Lyon a été choisi pour un test grandeur réel, portant à la fois sur le remplacement des chaudières et sur un accompagnement des locataires mené avec l’association Cléo.

« L’idée est de profiter de la période de chauffe allant d’octobre à mars pour analyser les comportements et les consommations des locataires, et travailler au cas par cas avec l’association pour expliquer à chaque ménage comment optimiser les réglages, pour parler aussi éco-gestes durables… ».

Le choix s’est porté sur un bâtiment accueillant plusieurs personnes sans activité professionnelle (retraités, personnes en recherche d’emploi ou invalides), parfois isolées ou en situation de sous-occupation du logement – des problématiques régulièrement croisées dans le patrimoine de CDC Habitat et qui peuvent avoir un impact direct sur la précarité énergétique.

« À la fin de l’hiver, nous évaluerons l’impact financier du changement des chaudières et des comportements sur les charges des locataires », conclut Anne-Sophie Mouillé. « Cela viendra alimenter notre réflexion sur la meilleure manière d’aborder cette question majeure avec nos publics les plus précaires. Nous voulons trouver la méthodologie adaptée à notre patrimoine et au fonctionnement de nos agences de terrain ».

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Résidence test située rue Montesquieu à Lyon 7ème