À l’antenne « Axel, vos services pour l’emploi » de Montreuil, « un accueil inconditionnel »

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En synthèse
immersion sur place, un mardi matin de janvier.
10 min.
Misant sur l’accueil et la bienveillance, l'antenne « Axel, vos services pour l’emploi » de Montreuil, en Seine-Saint-Denis, regroupe une équipe dynamique d'associations et d'institutions, rassemblées à l'initiative de CDC Habitat, qui offrent aux habitants du quartier Bel Air une batterie d'informations, de conseils, de diagnostics, de formations et d'outils pour mieux s'intégrer dans la vie professionnelle. Immersion sur place, un mardi matin de janvier.

Sous une pluie battante, Brenda Fanohizany arrive en courant à l’antenne du 31 rue Lenain de Tillemont, à Montreuil. Elle est chargée d’ouvrir le local « pour la première fois toute seule ». Brenda a 22 ans et travaille depuis quelques mois pour l’association Emmaüs Connect, qui lutte contre la précarité numérique en offrant des formations, des permanences d’aide informatique, mais aussi du conseil, de la médiation et de la vente de matériel à prix solidaires.

La session de « Permanence connectée » animée par Brenda commence à 10 heures. Elle est venue plus tôt pour pouvoir installer, chauffer la grande salle et préparer les ordinateurs pour les participants. Nadira Moufid, conseillère en transition professionnelle à l’Afpa – l’Agence nationale pour la formation professionnelle des adultes –, arrive elle aussi à l’antenne pour ses premiers rendez-vous de la matinée.

L’Afpa et Emmaüs Connect sont les deux organisations présentes ce matin, mais elles sont nombreuses à se partager le local en alternance, avec Pôle Emploi, l’Adie (financement et micro-crédit aux entrepreneurs), NQT – Nos quartiers ont du talent –, l’entreprise O2 de services à la personne, Wimoov pour les services de mobilité et Positive Planet qui propose un accompagnement à l’entrepreneuriat.

Nadira et Brenda ont des profils très différents et complémentaires. Si Brenda démarre dans la vie active, en service civique pendant son année de césure entre sa licence et son master de Lettres, Nadira, elle, a un solide parcours en ingénierie de la médiation, insertion et formation professionnelle. Après un doctorat scientifique, raconte-t-elle, « ma fibre pour la médiation sociale s’est révélée alors que je faisais de l’interprétariat et de la traduction pour des juges d’instruction, les tribunaux et la Police. […] Je traduisais en français, arabe et berbère, et j’apportais en même temps un éclairage, un décodage sur les conditions sociales et socio-culturelles des personnes, souvent victimes d’esclavagisme dans le cadre de leur travail. Je faisais une traduction… à la fois au sens propre et au sens figuré ». Cette expérience lui a donné l’impulsion vers les activités d’insertion et d’aide sociale, mais elle a d’abord souhaité se former et « s’outiller », comme elle dit, « en sciences humaines, sociologie et psychosociologie, pour mieux appréhender la relation à l’autre ». Devenue conseillère en insertion et formatrice professionnelle, elle intègre l’Afpa en 1997 et partage aujourd’hui son temps entre le centre Afpa de Paris et l’antenne de Montreuil, où elle peut être « au plus près des personnes ».

Permanence connectée

La session de Brenda Fanohizany commence avec Idrissa D., qui bénéficie d’une séance individuelle, adaptée au contexte sanitaire : « avec le Covid, les gens ont peur et viennent moins facilement » explique Brenda. Idrissa D. habite dans l’immeuble, juste au-dessus de l’antenne, et est déjà venu plusieurs fois. « J’ai besoin d’apprendre à me servir des ordinateurs » dit-il. À 67 ans, boulanger depuis plus de 20 ans, il n’a eu en effet que très peu d’occasions de les utiliser. Brenda lui propose de « commencer par un exercice pour se remettre dans le bain », suivi d’autres pour fluidifier son utilisation de la souris, des clics droit et gauche, de la navigation en utilisant la mollette, et du clavier. Monsieur D. reste concentré et semble satisfait de ses progrès. Développer les usages informatiques est un sujet clé pour les intervenants de l’antenne Axel, et Nadira Moufid souligne que « beaucoup de visiteurs ont besoin de réassurance, et beaucoup ne savent pas utiliser le numérique, c’est pour ça que nous avons mis trois ordinateurs à disposition ici, pour que les personnes puissent s’entraîner et devenir petit à petit autonomes dans leurs démarches ».

"Je viens souvent le mardi matin. J'apprends à me servir des ordinateurs, c'est bien."  
Idrissa D, bénéficiaire Emmaus Connect. Photo : Sophie Loubaton

Aller vers les gens… et prendre le temps

Monsieur D. n’est pas le seul à habiter tout près. Sally B., elle aussi, habite « à 2 minutes d’ici ». Et c’est grâce à cette proximité qu’elle est venue aussi rapidement consulter l’Afpa au moment de sa recherche d’emploi. Avec cinq enfants à la maison, elle n’a pas beaucoup de temps à elle, mais « un jour en passant j’ai vu le mot « emploi » sur la façade, alors je suis rentrée, même si je ne savais pas trop ce que l’antenne proposait ! » précise-t-elle. Elle voudrait reprendre une activité d’assistanat ou de secrétariat à temps partiel, qu’elle a déjà exercée pendant 7 ans avant la naissance de ses enfants. Elle vient à l’antenne avec plaisir : « avec l’Afpa, grâce à Nadira, je suis très bien accompagnée depuis trois mois. Elle m’a proposé de suivre une formation pour remettre à jour mes acquis en bureautique et obtenir le Passeport de compétences informatique européen. Depuis on échange régulièrement, on regarde ensemble les annonces, elle me donne son avis sur mes lettres de motivation… c’est un vrai suivi et en plus c’est juste à côté, c’est top. »

Pour aider Karim M., dont la formation et l’expérience d’électricien en Algérie n’étaient pas reconnues par les employeurs, Nadira Moufid a aussi pu « prendre le temps d’établir une relation et de trouver les bons leviers ». Un point très important pour elle, qui fait toute la différence avec d’autres types d’accompagnements. Désormais muni d’une habilitation française, Karim a maintenant « tout ce qu’il faut » pour postuler dans son domaine d’expertise.

« L’idée de cette antenne, souligne Nadira, c’est de pouvoir aller vers les gens, de prendre le temps avec eux, d’aller à leur rythme et, si on peut, de les mener vers l’autonomie. Quand les personnes qu’on suit atteignent leur objectif, pour nous c’est génial, on se dit qu’elles n’ont plus besoin de nous ».

« L’autonomie à l’épreuve de l’urgence »

« Il faut surtout être très présents. Le plus important, c’est de garder le lien avec les gens, indique Brenda. On leur envoie des messages de rappel souvent, jusqu’à la veille des rendez-vous ».

Nadira, elle aussi, abonde en ce sens : « je n’aime pas le mot « suivi », parce qu’on perd l’idée du libre-arbitre qu’il faut absolument préserver ; je dirais plutôt « accompagnement ». Il s’agit pour nous soit de donner des infos, soit de travailler sur un projet professionnel, mais dans tous les cas d’apporter des clés et des repères pour trouver les bonnes formations, connaître les certifications, etc.… et de faciliter l’autonomie, à l’épreuve de l’urgence ». Elle se souvient encore de la dame âgée venue un jour à l’antenne « avec sa valise, parce qu’elle avait été mise à la porte. Sa demande était tout simplement qu’on l’aide… » À l’épreuve du réel, les besoins auxquels répondent les associations de l’antenne ne concernent pas seulement l’emploi : « le premier besoin, ce sont les démarches administratives du quotidien comme les rendez-vous à la Préfecture, les réactualisations de dossiers CAF, les impôts, l’accès aux droits fondamentaux… ainsi que l’accès au logement ; et à 50 % environ le sujet de l’emploi, explique Nadira. Les personnes qui viennent ici sont souvent des personnes vulnérables, qui souffrent de difficultés aggravées par la représentation qu’ils ont des administrations, le manque de reconnaissance individuelle, et ce qu’on appelle l’illectronisme. »

Être à l’écoute et apporter son aide, c’est aussi ce qui motive Brenda dans ses activités pour Emmaüs Connect : « Tous ceux que j’ai vu m’ont marquée. On s’imagine mal ce qu’ils ont vécu, ce sont souvent des choses difficiles. Et ils ont besoin de parler. Ça donne une autre perspective, ça éclaire sur d’autres aspects de la vie… et ça fait mûrir. »

« Il y a beaucoup à faire »

Si l’antenne Axel s’est installée ici il y a plus de 4 ans, c’est parce que Bel Air fait partie des quartiers prioritaires de la politique de la ville et qu’il rassemble un grand nombre de personnes en difficulté et éloignées de l’emploi. D’après Nadira, « le taux de chômage est d’environ 23 %, à peu près deux tiers des habitants sont faiblement qualifiés et 40 % vivent en dessous du seuil de pauvreté ». Pour autant, le quartier ne compte pas parmi les moins favorisés du département, puisqu’il a été rénové, qu’il mêle logements sociaux et intermédiaires et qu’il bénéficie d’une certaine mixité sociale. Mais comme le dit Nadira, « il y a beaucoup à faire ». C’est pourquoi Nadira et Brenda croient autant en l’utilité de « l’accueil inconditionnel et non-institutionnel » et aux services de proximité que propose l’antenne.

Pour l’avenir, Brenda a prévu de continuer ses études en master à la rentrée prochaine, tout en continuant le bénévolat, et Nadira « a plein d’idées » pour continuer à développer les services sur place : « du travail en réseau avec d’autres associations, de l’information collective sur des dispositifs comme les contrats aidés, la certification CléA pour la recherche d’emploi, les services d’habitat solidaire d’Adoma… il y a un potentiel énorme, si le contexte sanitaire devient moins compliqué. »

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Entretien entre NADIRA MOUFID, conseillère AFPA et KARIM MALLEM, bénéficiaire Axel. Photo : Sophie Loubaton

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BRENDA FANOHIZANY, de l’association EMMAUS CONNECT donne des cours d’informatique aux personnes souhaitant acquérir des bases. Photo : Sophie Loubaton

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BRENDA FANOHIZANY, de l’association EMMAUS CONNECT donne des cours d’informatique a IDRISSA DRAME, bénéficiaire. Photo : Sophie Loubaton

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