A Cergy-Pontoise (95), le réemploi des matières premières expérimenté dans une réhabilitation

La réhabilitation de la résidence des Touleuses à Cergy-Pontoise est l’occasion pour CDC Habitat de mettre en place une nouvelle expérimentation en matière de réemploi des matériaux. Retour sur une démarche qui demande une organisation et des compétences particulières mais qui est amenée à se généraliser dans les prochaines années.

Avec ses 17 bâtiments et ses 286 logements concernés, le programme de réhabilitation thermique au sein des 9 copropriétés de la résidence mixte « Les Touleuses »  à Cergy-Pontoise fait partie des grands projets structurants d’amélioration du quotidien pour les habitants. En plus de traiter l’enveloppe du bâti, le Groupe s’est en effet fixé pour objectif d’intervenir dans l’ensemble des logements, notamment pour reprendre les pièces humides de ces ensembles datant des années 70.

Éric Adotti, responsable de programme chez Grand Paris Habitat

Mais si le chantier sort du lot, c’est aussi parce qu’est venue se greffer en cours de route une opération de réutilisation des bardages de façades en bois employés sur les bâtiments d’origine. Des matériaux de qualité, déposés pour pouvoir mettre en place un isolant par l’extérieur, et qu’Éric Adotti, responsable de programme chez Grand Paris Habitat, a souhaité conserver : « plutôt que de mettre en déchetterie ce que nous venions de retirer, j’ai demandé à l’entreprise GTM qui intervient sur le chantier, en conception-réalisation avec le maitre d’œuvre Virtuel Architecture, s’il était possible de les réutiliser. Nous avons alors imaginé ensemble une manière de réemployer une partie des matériaux pour créer des claustras de séparation des terrasses privatives pour les appartements en rez-de-chaussée ».

Pour ce faire, le bois récupéré sur le site a dû être retraité en atelier par une start-up avec laquelle l’entreprise générale travaille, DOD (atelier de création et de fabrication en bois de ré-emploi). Retrait de la peinture, ponçage, vernis de finition, pose sur une structure métallique : les 25 claustras qui seront créés sont d’une excellente qualité et n’ont rien à envier aux produits neufs que l’on peut trouver sur le marché. Le bois excédentaire sur le chantier a été récupéré par GTM qui pourra l’utiliser sur d’autres projets.

« La démarche est intéressante pour l’empreinte carbone globale du projet, mais économiquement cela a évidemment un surcoût puisqu’il faut restocker le bois et l’acheminer jusqu’à l’atelier de recyclage », reprend Éric Adotti. « Ensuite, il faut compter une grosse demi-journée de travail pour traiter les matériaux et les poser sur la structure métallique, alors que si on achetait des pans de bois neufs en magasin, cela nous prendrait 30 minutes maximum. Mais c’est une démarche qui a du sens et que nous voulons intégrer de plus en plus à nos programmes ».

Pour l’instant, ces initiatives restent à la marge sur les chantiers car la question du réemploi de certains matériaux est rarement anticipée en phase de conception. Le groupe CDC Habitat s’efforce néanmoins de sensibiliser l’ensemble des parties prenantes de ses projets et réfléchit même à insérer des critères de sélection et des clauses spécifiques dans certains appels d’offres. L’idée étant de pouvoir systématiser ces actions et ainsi inviter les groupements à l’approche la plus vertueuse.

« Pour aller plus loin dans la démarche, il va nous falloir identifier les architectes et les maîtres d’œuvre ayant cette compétence et cette capacité à identifier les réemplois possibles », conclut Eric Adotti. « Petit à petit, on sent que notre secteur se sensibilise à cette question, avec des initiatives variées autour des matériaux mais aussi des équipements, comme GTM qui travaille pour ce projet avec une association pour récupérer les baignoires en vue d’un recyclage.  Comme souvent, il faut des acteurs moteurs pour que les choses se mettent progressivement en place ».